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Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 22:49

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J’ai répondu à l’invitation d’un ami, celle à venir découvrir sa ville d’origine.

J’ai terminé ma semaine de travail dans une banque d’investissement. De La Défense, le RER A m’emmène à la gare de Lyon. Un ami, lui-même travaillant au sein du middle-office de cette même banque, m’accompagne sur ce court trajet. Nous échangeons quelques réflexions sur nos quotidiens professionnels respectifs puis sur des sujets plus personnels.

En Gare de Lyon, je prends connaissance du numéro du quai duquel partira mon train. Quelques minutes plus tard, je monte à bord de ce dernier et y prends place. La nuit est déjà tombée. Le train démarre. Passé la banlieue parisienne, l’éclairage urbain se fait rare. Les territoires traversés ne s’entrevoient plus que comme des masses obscurément mornes. Je m’assoupis, me réveille et m’en vais au bar, bien décidé à voir dans la possibilité de manger un sandwich à la vitesse de 270 km / heure un luxe que je ne dois pas me refuser. Cependant que mon palais souffre du croque-monsieur trop réchauffé, je « capte » les conversations de deux compagnons de bar, des producteurs audiovisuels d’après ce que je saisis de leur tête-à-tête.

Le voyage passe vite et me laisse finalement peu de temps pour étudier mes crises existentielles du moment. Marseille approche. Nous traversons ses faubourgs avant que le train se retrouve flanqué des quais de la gare de Marseille St Charles, ralentit et s’arrête. Je descends. L’air n’est plus celui de Paris. Il y a bien sûr l’iode, mais il y a aussi quelque chose de plus « méridional ». Du haut du parvis de la Gare de Saint Charles, j’observe une partie du centre-ville qu’il surplombe. Je retourne dans le hall, m’égare au Mc Do. Le train de mon ami arrive une demi-heure après le mien. La demi-heure passe et de nouveau, une masse de passagers en provenance de Paris se déverse dans le hall de cette gare qui mêle, non sans réussite, l’architecture grandiloquente des « gares-cathédrales » du 19e siècle avec celle plus contemporaine, plus « aéroportuaire », de l’annexe construite il y a quelques années, à l’occasion de de l’arrivée du TGV Méditerranée.

L’ami attendu et moi nous retrouvons. Nous quittons la gare et descendons le grand escalier qui la relie au centre-ville. Nous remontons les rues désertes de ce centre-ville aux façades bourgeoises souvent décrépies. C’est probablement là un avant-goût de ce Marseille qu’on dit bohème, « populaire ». Outre ses grandes rues désertées et sombres, vestiges d’un urbanisme haussmannien fané, la ville se caractérise aussi par son relief très escarpé : les montées et les descentes se succèdent. Nous atteignons la rue de l’Olivier, nom invitant à lui seul au voyage. Là, nous gagnons l’appartement familial de mon ami où nous discutons, nous restaurons légèrement et dormons.

Le lendemain, nous partons à la découverte de Marseille. Ce ciel outrageusement azuré et cet air démesurément doux me font oublier que nous ne sommes que début-février. Notre premier objectif consiste à monter à bord du petit train touristique. Pour ce faire, nous traversons le centre-ville de Marseille, centre-ville encombré, à cette heure, par ses étals de marché où reposent les poissons fraîchement pêchés. Partout résonne cet accent marseillais et partout sourient ces faciès dont la diversité nous rappelle que ce sont les populations de tout le pourtour méditerranéen et d’au-delà qui ont fait et qui continue de faire la cosmopolite population marseillaise. Nous traversons ce pan de ville très animé et arrivons sur les bords du Vieux-Port. Là, nous prenons place à bord du train touristique. Le charme de ce mode de traction – suranné, lent – n’a d’égal que ceux des quartiers traversés. Vraiment. Une fois quitté le centre-ville, nous nous retrouvons bientôt entre falaise et mer, sur la « corniche ». Celle-ci délimite, en bord de mer, certains des quartiers orientaux de Marseille et tout ce qu’ils comptent de belles villas. La route ne cesse plus de monter et de monter jusqu’à nous mener à notre terminus : la Basilique-Notre-Dame-de-la-Garde. De son promontoire rocheux, l’édifice domine toute la ville. Et comment cette ville apparaît-elle à Notre-Dame, depuis cette hauteur ?  Elle apparaît comme une ville très étendue, plate (exception faite d’un gratte-ciel solitaire près du port et des nombreux HLM des quartiers Nord), aux murs blancs et aux toits rouges, une ville coincée entre les montagnes couvertes de pinèdes et la mer. C’est une ville méditerranéenne. Mais l’envie de la découvrir, de découvrir cette ville, se fait trop forte. Certes la basilique est impressionnante, mais il n’empêche que Marseille, tout en bas, nous attend !

Nous avons tôt fait de remonter à bord du petit train qui a lui-même tôt fait de nous déposer au point de départ, sur le Vieux-Port. De là, nous entamons notre découverte du Vieux-Marseille. Ce faisant, nous marchons littéralement sur les pas des populaires héros du populaire « Plus belle la vie ». Là aussi, dans cette vieille-ville, les bâtiments pourraient être rénovés mais là encore, cette décrépitude toute relative, ce linge qui pend çà et là aux fenêtres par-dessus nos têtes ou ces vieux Marseillais qui prennent le temps de vivre devant les magasins dédiés à la pétanque confèrent au quartier une atmosphère très particulière. Nous visitons l’ancien hospice de la Vieille Charité, bel édifice du 17e siècle qui par son architecture (arcades, patio central) rappelle soudainement à mon souvenir l’athénée de Mérida, au Mexique. Du reste, étrange coïncidence s’il en est, ces deux édifices distants de 10.000 kilomètres géographiquement et de 16 mois dans mon vécu, abritent tous deux des espaces muséographiques. Ainsi, à Marseille, des collections d’arts premiers sont désormais exposées. Elles ont remplacé les indigents que la Veille Charité avait pour mission d’accueillir à l’époque de son ouverture. Alors que nous nous promenons sous les arcades de l’édifice, je le vois : le soleil décline. Nous ressortons de la Veille Charité et visitons, à quelques rues de là, en bord de mer, l’imposante Cathédrale de La Major qui semble rappeler, par son style, le souvenir de l’orgueilleuse Byzance.

S’ensuit une retraversée du Vieux-Marseille en longeant le Vieux-Port, là où les nombreux bâtiments modernes, sobres et uniformes construits après-guerre nous rappellent que le quartier a en grande partie était dynamité, pendant l’occupation, par les Allemands. Ce quartier cosmopolite déplaisait en effet trop à un Hitler qui en ordonna la destruction.

C’est dans l’un des nombreux bars situés au rez-de-chaussée d’un des bâtiments reconstruits après-guerre, au bord du quai Nord du Vieux-Port, que nous nous posons à une terrasse. Au diabolo fraise, je préfère finalement un chocolat chaud. Je le déguste tout en conversant avec l’ami. L’heure passe, le soleil se couche.

Après une halte rue de l’Olivier, nous prenons pour la première fois le tramway puis le métro marseillais (très rapides). Rapidement, nous atteignons le rond-point du Prado. Il fait nuit et le Marseille que je vois, lorsque je refais surface, est un autre Marseille : celui du Stade Vélodrome notamment, aux abords desquels s’affairent les supporters de l’OM, celui des HLM. Nous prenons un bus qui descend la grande avenue du Prado jusqu’à ce que la mer en marque la fin. De nouveau, Marseille semble décidée à me rappeler le Mexique : l’avenue du Prado me rappelle en effet la grande avenue du Paseo de Montejo, à Mérida. Nous arrivons en bord de mer, là où quelques restaurants ont « poussé » au bord de la plage. Et cet endroit lui aussi me rappelle de nouveau le Mexique…

Je fais taire mes souvenirs mexicains et me concentre sur « aujourd’hui et maintenant ». Les restaurants sont nombreux et après moult hésitations nous nous rabattons sur le restaurant marocain du coin et son buffet à volonté. Après avoir dîné et discuté de nos avenirs respectifs, il est grand temps de reprendre le chemin du retour. Pas de bar, pas de night-clubs jusqu’à 8 heures du mat’ : mon ami a opté pour un week-end tranquille. Pourquoi m’en plaindrais-je ? N’est-il pas plaisant d’oublier un tant soit peu le tumulte parisien ? Nous méprenant sur les horaires indiqués à l’arrêt de bus, nous attendons près d’une heure ce bus que nous ne verrons jamais arriver.

Heureusement, au même arrêt de bus, patientent ce qui doit être deux couples d’innocents lycéens. Ils parlent allègrement de leurs diverses expériences, expériences dont l’audace me permet de mesurer combien les mentalités ont progressé en une génération. Âge de l’innocence ; les écouter me divertit. L’un d’entre eux fait souvent référence à la grand-mère d’une des jeunes filles, s’amusant à imaginer ce que serait la réaction de la veille femme à écouter le récit de telles expériences. Une heure étant passée sans voir de bus et ma contrariété allant en augmentant, nous nous décidons à utiliser un moyen de transport alternatif. Nous prenons un taxi qui nous redépose à la station de métro par laquelle nous étions arrivés. En moins d’une demi-heure (le métro marseillais est rapide, propre et peu bondé), nous nous retrouvons de nouveau chez mon ami. Nous débattons de sujets de société de bon goût (« délocalisations : causes et conséquences », « Finance mondiale : pouvoir réel ou pouvoir fantasmé ? ») en lâchant, pour ce faire, la bride à mon goût de la provocation et de la polémique. Puis nous nous endormons.

Le soleil vient de se lever. C’est dimanche mais ce dimanche-là n’aura de dimanche que le nom : le programme qui nous attend est chargé. Toujours soucieux de conserver, en tout lieu, certains repères culturels, nous déjeunons au Starbucks. Sitôt les gobelets de la marque à la sirène vidés et jetés, nous nous présentons à l’embarquement d’un ferry, sur le Vieux-Port. Une fois la foule de passagers chargée, les hélices du navire s’activent et nous voilà bientôt en train de traverser le bassin du Vieux-Port et puis bientôt, la Méditerranée. Où allons-nous ? Sur les îles qui, à quelques kilomètres de la côte, s’étendent au large de Marseille. Sur le pont surchargé de touristes, le vent frappe le visage pour mieux nous réveiller et nous faire apprécier le paysage. Marseille est déjà loin lorsque nous accostons la première île : la légendaire île d’If. Alexandre Dumas en a fait le cadre du début d’un de ses plus célèbres romans. Mais si cette île-prison n’a jamais eu pour prisonnier un futur comte de Monte-Cristo, elle en a vu d’autres par centaines, autrement plus réels, du 16e au 19e siècle. Les derniers d’entre eux furent les Communards, en attente de partir pour le bagne. Mais aujourd’hui, de ce passé, il ne reste qu’un vieux-fort aux cachots vides. L’île même revêt un certain charme, toute vallonnée et scindée de falaises qu’elle est.

Bientôt un ferry en provenance de Marseille réapparaît à l’horizon. Nous redescendons au niveau de l’embarcadère. Nous remontons à bord et quelques minutes plus tard, le ferry nous redépose sur une autre île rocailleuse et beaucoup plus grande : celle de Ratonneau. Une heure et demie durant, nous parcourons une partie du chemin côtier de cette île dominée par un haut promontoire rocheux. Quelques centres de vacances, dont certains abandonnés, et bâtiments militaires eux aussi désaffectés apparaissent en chemin. Surtout, au détour du sentier se découvre parfois de belles calanques dont les eaux turquoise nous inviteraient, si ce n’était pas l’hiver, à y plonger. J’aurais aimé marcher encore et encore, découvrir d’autres calanques, d’autres points de vue, mais mon ami s’inquiète : l’heure passe et nous avons un TGV à prendre en fin de journée. Je tente de le rassurer mais rien n’y fait et je me résigne à faire demi-tour. Nous faisons demi-tour et atteignons l’embarcadère où se pressent déjà quelques passagers. C’est à la lumière déclinante d’une fin de journée que le navire parcours les quelques kilomètres de mer séparant les îles du Frioul de la cité phocéenne.

Nous remettons pied à terre sur le Vieux-Port. Le centre-ville que nous retraversons n’a rien perdu de sa vitalité en cette fin de dimanche ensoleillé : les badauds sont nombreux. Nous arrivons bientôt à l’appartement, rue de l’Olivier. Après nous être restaurés, nous nous attelons à faire nos sacs. Bientôt, la porte de l’appartement se referme derrière nous. Nous prenons le chemin de la gare. Vous dire que nous avons marché sereinement jusqu’à la gare et que nous y avons trouvé notre train n’auraient que peu d’intérêt. N’en disons rien. Le voyage retour a été court. La nuit est tombée rapidement me laissant cependant le temps de photographier le coucher de soleil sur ces paysages méridionaux que je voyais pour une dernière fois.

Marseille est une ville agréable, fière de son histoire, une histoire faite de flux incessants l’ayant reliée à l’ensemble du monde méditerranéen. La mer, la lumière du soleil, le temps de vivre sont autant de mots que suscite son souvenir. Mais ces quarante-huit heures sont trop vite passés pour que je puisse affirmer avoir véritablement connu Marseille. Pourtant, celle-ci m’a assurément donné l’envie de revenir faire sa connaissance, l’été venu peut-être. En vérité, ce week-end fut davantage un interlude bienvenu dans un quotidien tout entier consacré au développement d’une grande société. Dans le train du retour, je songeais à ces prochains mois sans encore savoir qu’ils risqueraient bientôt de se révéler tout autres que ceux prévus.


Enfin, quel étrange phénomène que celui d’avoir vu Marseille me rappeler, par deux ou trois fois, le souvenir du Mexique. Mais le temps me serait bientôt donné de me rappeler à loisir mes souvenirs mexicains et d’étudier l’opportunité qu’il y aurait à leur redonner vie… Quelque chose de loin, très loin de ce week-end à Marseille.

Par Grég
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Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 15:18

 

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ENTREE EN MATIERE


Nous sommes le 16 octobre 2010. Comme chaque samedi matin, je me suis rendu à l’université, ai tenté de familiariser une trentaine d’étudiants avec les préceptes de la macroéconomie. C’était des élèves studieux et intéressés. Au demeurant, en notre époque de crises, il n’est qu’à évoquer l’actualité pour rendre tout cours d’économie intéressant. Sitôt mon cours achevé, je suis rentré chez moi, ai préparé mes affaires, fermé la porte derrière moi, pris le métro avec pour destination « Paris – Porte Maillot ». J’ai en effet choisi de voler avec Ryanair, compagnie qui se présente comme la plus populaire au monde. Force est d’admettre qu’elle offre en effet à l’homme de la rue la possibilité de voler aussi souvent et à la même altitude que les grands de ce monde mais à un tout autre coût. J’ai donc pris la navette menant à l’aéroport de Beauvais. C’était une belle journée : les arbres conservaient encore leur floraison aux teintes automnales et le soleil s’élevait dans un ciel bleu. Contraint par les horaires des navettes aéroportuaires d’arriver à Beauvais avec trop d’avance, je patiente dans le terminal. Soucieux d’offrir aux compagnies aériennes des taxes aéroportuaires aussi basses que possibles, l’aérogare présente une architecture très fonctionnelle où l’élégance n’est pas le maître-mot. Toutefois, le soleil, à travers les grandes baies vitrées, inonde de sa lumière le terminal où la foule de passagers peine à trouver des places assises en attendant d’embarquer. J’en trouve une. J’échange des sms avec un ami au sujet d’un malentendu survenu la veille. Le vol à destination de Venise-Trévise est enfin annoncé. Aguerri au resquillage, je parviens à figurer parmi les premiers passagers à embarquer. Sur le tarmac, je photographie le coucher de soleil, hume une dernière fois l’air de France. Les passagers prennent place, les portes du 737 se referment et les hôtesses s’adonnent, comme d’ordinaire, à leur chorégraphie censée nous former aux situations d’urgence. L’avion décolle. La nuit tombe.
Est-ce la fatigue ? Le stress inhérent aux changements professionnels ? Toujours est-il qu’une fois en vol, je suis assailli de nausées. Le brouhaha des passagers estampillés Ryanair, les annonces diffusées à répétition pour les inciter à consommer boissons et tickets de loterie et l’air sec de la cabine accentue mon mal-être. Atterrir devient mon seul souhait. L’appareil entame sa descente. Descendu dans les nuages, la pluie frappe la carlingue. Au sortir des nuages, sous cette même pluie battante, apparaît l’Italie du Nord, région fortement urbanisée comme on peut l’observer depuis cette hauteur. La piste de l’aéroport se rapproche. Nous nous posons. Les passagers applaudissent. Ils exultent – 15 € pour une heure et demi d’avion ! A ce prix là, il n’y a pas de passerelle pour vous abriter de la pluie. Nous traversons le tarmac détrempé. Je me retiens de vomir. Dans le hall d’arrivée du terminal, je me joins à la foule des passagers patientant pour obtenir un billet de bus. La guichetière autochtone me dit refuser les cartes bancaires. Je lui rétorque, de bonne foi, que l’unique distributeur de billets de l’aéroport ne fonctionne pas. L’envie de m’énerver me taraude mais à l’évidence, y céder ne m’avancerait à rien. J’imite un couple de jeunes Français contraints de retirer de l’argent à un comptoir de change. Le cambiste s’en tire à bon compte ; 16 € de commissions. Mais j’ai enfin de quoi monter à bord de la navette. Là, je redouble d’efforts pour éviter que mon estomac ne commette l’irréparable. J’ignore ce qu’il convient de faire : fermer les yeux ou regarder fixement le paysage. Il fait chaud et les lumières des villes traversées m’indisposent. Alors que je ne l’attendais plus, le car s’arrête enfin à la gare de Maistre, banlieue continentale et industrielle de Venise. Je sors du bus, extraits mon sac de la soute et après l’avoir fait tomber sur le sol mouillé, me dirige vers la gare, achète un billet à la machine et patiente sur le quai de cette grande gare désertée en cette heure avancée.  Je me rends compte alors que je ne possède plus le numéro de téléphone de l’ami chez qui je dois me rendre, à Padoue, ayant dû récemment réinitialiser mon téléphone. Pendant dix minutes sur le quai et à bord du train, je me démène au téléphone avec ma mère pour qu’elle accède à mon boite email, trouve et me donne le numéro de téléphone de cet ami. Je l’ai enfin mais cet ami ne répond pas. Je me laisse aller au cours de cette nouvelle demi-heure de voyage à bord de ce train régional ultramoderne à deux niveaux. On dirait un « train de l’espace ». Le train arrive enfin en gare de Padoue. Je descends sur le quai, emprunte le passage souterrain et là, à la sortie, vois mon ami trempé.
Sur la route, entre la gare et chez lui, je découvre, sous la pluie, Padoue et les abords de sa gare, abords très interlopes avec ses migrants d’Asie et d’Afrique en attente de pouvoir poursuivre leur migration plus à l’Ouest ou plus Nord de l’Europe. Puis je découvre le centre historique de la ville. Il y a là du médiéval : les rues sont étroites, les habitations cossues mais elles arborent déjà des façades qui annoncent déjà la renaissance italienne. Lors même que le Royaume de France peinait à s’extraire d’un moyen-âge de châteaux forts et d’abbayes, les Italiens, eux, avec un siècle d’avance, goûtaient à la Renaissance. Sitôt les bagages déposés chez mon ami et certaines coutumes honorées, nous ressortions dans les rues du centre-ville. Je découvre ses places, ses pizzas et son Spritz, boisson typiquement locale à base de vin blanc, d’eau gazeuse et d’Aperol et de Campari (plus recommandé). La journée touche à sa fin et nous nous empressons d’aller dormir.

PREAMBULE

Depuis ce soir d’octobre 2010, je suis retourné deux autres fois en  Vénétie, en février et en avril 2011. A dire vrai, mes séjours étaient davantage mus par les attaches sentimentales que j’y avais que par mon seul plaisir à venir dans cette région qui n’en est pas moins, somme toute, assez sympathique. Je ne m’attarderai pas à évoquer le volet sentimental de ces voyages bien que mes affaires de cœur les aient pimentés autant qu’ils pimentent ma vie. En lieu et place, je tenterai simplement de retranscrire à mes impressions de voyageur en Vénétie.
VENISE (octobre 2010 et février 2011)

A Venise, nous nous rendons dès le lendemain de mon arrivée. Nous réempruntons un train régional, similaire à celui que j’ai emprunté la veille. Je signale à mon ami le côté très « spatial » du design. Les paysages défilent, pour l’essentiel une succession de zones urbanisées. Le ciel bas menace. Après 40 min de voyage, le train se retrouve entouré par les eaux, sur une digue et au loin, au milieu de la lagune aux eaux vertes s’aperçoit des tours et des clochers : Venise, la Sérénissime. Nous descendons du train, parcourons au hasard les rues d’une ville qui m’apparaît différente de celle que je m’étais jusqu’alors représentée. Non, ce n’est pas Disneyland : c’est une ville qui lutte avec âpreté pour conserver la splendeur héritée de son âge d’or, lorsque la République dominait commercialement, et politiquement, la Méditerranée. Venise, c’est des quartiers de hauts immeubles cernés par les canaux, un ensemble lui-même cerné par les eaux de la lagune. Ce jour d’octobre, au bord des canaux, le vent souffle fort, maltraite les parapluies. Nous ne parvenons pas à converser les nôtres intacts. Mais nous apprécions Venise. Les rues étroites débouchent sur des ponts, des canaux, d’autres petites rues, de grandes places, telle la Place Saint Marc. Malgré la pluie et le vent, les touristes sont nombreux mais, pourvu qu’on s’éloigne de l’épicentre touristique (la place St Marc), ils se font de plus en plus rares. C’est notamment le cas des quartiers septentrionaux et de l’ancien ghetto juif. La nuit s’en vient. Sur l’île principale, plus nous nous éloignons des quartiers périphériques, plus les touristes se font rares, les rues désertes. Si ce n’était pas Venise, on se croirait dans quelque ville aux veilles rues défraichies où chaque angle constitue autant de coupe-gorges potentiels. Mais c’est Venise. Et nous quittons bientôt la ville : la nuit est tombée et le mauvais temps persiste.
Nous revenons à Venise quelques plus tard, par une journée beaucoup plus ensoleillée. Notre destination principale : l’île de Murano, l’une des trois plus importantes îles urbanisées situées au large de la Sérénissime. Pour l’atteindre, nous prenons un vaporetto : l’un de ces navires qui, tel un bus des mers, relie entre-elles les différentes îles. Le vaporetto marque régulièrement des arrêts et la ligne empruntée en marque notamment un au débarcadère de l’île de San Michele.
L’atmosphère de cette île contraste avec celle des autres et pour cause : c’est un cimetière. Scindée d’un haut mur, cette île accueille les sépultures des Vénitiens. Les eaux de la lagune et les rives des autres îles ne s’entrevoient qu’au travers des ouvertures grillagées du mur d’enceinte. Cet isolement nourrit un climat de sérénité qui tranche radicalement avec le tumulte des autres îles. Rares sont les visiteurs. Se croise surtout des agents municipaux. La promenade dans les différents carrés du cimetière, à l’ombre des cyprès, n’en est que plus agréable.
Nous laissons derrière nous cette île du repos et reprenons le prochain vaporetto qui, quelques minutes plus tard, nous débarque sur l’île de Murano. Cette île est connue comme celle des souffleurs de verre. C’est là en effet que sont installés un grand nombre d’artisans. A cette heure déjà tardive, leurs boutiques et arrière-boutiques sont déjà en train de fermer et l’occasion ne nous sera pas donnée de les visiter.  En lieu et place, nous visitons l’île. Ici, les édifices sont plus bas que dans le Venise « down town », et autrement moins bourgeois aussi, ce qui confère à cette île un aspect plus « champêtre ». Nous parcourons les rues. Désormais, le ciel, avec ses nuages plombés, menace. Et de nouveau le vent souffle accompagné de tonnerres allant en s’approchant. Enfin, les premiers grêlons tombent faisant s’abriter tous les badauds. Nous trouvons refuge dans l’abri qui surplombe l’un des arrêts du vaporetto. Sous le bombardement assourdissant de grêlons, celui-ci arrive enfin. Et c’est sous un ciel d’orage teinté des lueurs du crépuscule que nous retraversons la lagune. De retour à Venise, nous chercherons désespérément un restaurant mais Venise, un soir d’octobre, se révèle une fois encore très peu « vivante ». Dans les rues sombres, les rares lumières de restaurants se révèlent être celles d’établissements aux prix ou à la qualité peu aguicheurs. Nous dînerons à Padoue. Nous nous égarons souvent dans ce dédale de rues si similaires jusqu’à, enfin, trouver le quartier de la gare. En attendant le prochain train pour Padoue, nous longeons sur quelques centaines de mètres un canal sur une rive puis, en sens inverse, sur l’autre. Là, j’évoque quelques « secrets » qui, à dire vrai, en 2010 et après le travail de démystification entrepris tout au long du siècle passé par la presse et par les intéressés eux-mêmes, n’en sont plus vraiment.
Nous reprenons un train et me lance dans une discussion très « psychologique » avec mon ami, discussion qui se poursuit dans un bar de Maistre, banlieue continentale de Venise où nous avons une correspondance. Elle se poursuivra et s’éteindra dans le train suivant.

 

VISCENZA (octobre 2010)

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VERONE (octobre 2010)

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TREVISE

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FERRARA

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Par Grég
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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /Sep /2009 18:02


2009-07 - Yucatan
El Yucatan

Le Golfe du Mexique : mer chaude cernée à l’Est par le littoral Mexicain, les côtes américaines au Nord, Cuba et les îles antillaises à l’Est. Dans cette mer, depuis le sud, s’avance une péninsule : le Yucatan. Représentez-vous cette péninsule bien avant qu’y naissent ses premières civilisations, représentez-vous cette bande de terre avec sa végétation luxuriante, son littoral au sable fin qui se perd dans les eaux turquoises du golfe. C’est au large de ce littoral que s’écrasa il y a 65 millions d’années la météorite dont l’impact créa, dans l’ensemble de la péninsule, un réseau de galeries souterraines, qui apparaissent, aujourd’hui, çà et là en surface, sous la forme de milliers de puits d’eau douces. Représentez-vous cette même péninsule du temps où elle hébergeait quelques-unes des plus brillantes civilisations mésoaméricaines, notamment les Mayas. Centre spirituel et économique de premier ordre, l’influence culturelle de ces derniers s’étendit sur l’ensemble de l’Amérique centrale. Et c’est là même, au Nord-est du Yucatan, que posèrent pied les premiers Européens, là même où ils entreprirent la conquête de ce qu’on dénommerait la Nouvelle Espagne et encore après, le Mexique.

Fin juillet 2009, Monterrey. 45e degré à l’ombre, moral sapé par l’imminence de mon prochain retour en Europe. Libéré depuis quelques semaines de toute obligation académique, je n’en reste pas moins décidé à découvrir, en guise d’ultime escapade mexicaine, le Yucatán.

Je prends l’avion Monterrey-Merida un mercredi soir, en ce mois de juillet finissant. A bord de l’avion, je rêve à ce Yucatan loué par tous ceux qui en sont revenus, cependant que je songe aussi à ma prochaine traversée de l’Atlantique, dans une dizaine de jours et celle-ci sans vol retour. Deux heures suffisent pour traverser le golfe du Mexique. J’atterris à Merida, capitale du Yucatan, là où vit un ami. La soirée s’accompagne d’une dégustation de mets locaux et d’une soirée sympa dans la maison d’hôte où j’ai loué une chambre. A Mérida, je passe la journée suivante en compagnie de Rob, l’ami local. Sa ville, Merida, est le prototype de la ville coloniale : ville au réseau de rues entièrement en damier, place centrale autour de laquelle se trouve la cathédrale, l’ancien palais du gouverneur et sa résidence. Mais il y a aussi le charme des terres chaudes : c’est une ville aux façades chamarrées, aux palmiers aux édifices de pierre, aux rues envahies par l’air chaud mâtinée de la moiteur d’une mer toute proche. Les gens parlent un espagnol chanté, reflet d’un état d’esprit qui se démarque du reste du Mexique : plus relax et relaxant.

Autour de Merida s’étend des terres sans reliefs, recouverte de lagons, de marais, de forêts tropicales là où les ont laissés les exploitations agricoles. Cà et là s’y trouvent des cenotes : ces puits naturels d’eaux douces, larges de quelques mètres à plusieurs dizaines pour les plus grands. Il fait bon s’y baigner, voire y plonger dans le dédale de grottes subaquatiques que chacune offre. Passé les deux premiers jours, j’ai pris le bus pour la côte orientale de la péninsule, la plus touristique, celle qui, à son extrémité septentrionale, part de Cancun. J’ai mis à profit ce voyage long de plusieurs heures pour faire une halte sur le très touristique site de Chichen Itza, en pleine jungle. Cette ancienne cité maya relativement bien préservée des pilleurs et de la jungle environnante témoigne, sur plusieurs kilomètres carrés, du savoir-faire architectural et technique des Mayas, et dans moindre mesure de leur vie de leur organisation sociale, du temps de leur apogée. Se trouvent réunis en un même site : pyramide élevée en l’honneur de Quetzalcóatl, terrain de jeux de balles à l’issue duquel l’une des deux équipes était sacrifiée (perdants ou gagnants, les avis des historiens divergent), probable marché, observatoire et différents lieux de cultes. Comme le nom l’indique en maya, la cité doit son existence au cenote, grand puits naturel d’eau douce, situé à 300 mètre au nord. Il ne reste pas moins difficile de se représenter la ville au temps de sa grandeur, tant le site grouille de touristes et des inévitables vendeurs ambulants. Il est vrai aussi que l’imaginaire occidental est bien moins habitué à se représenter les peuples préhispaniques de Mésoamérique que ces Romains ou ces Grecs qui hantent nos péplums.

Le soleil décline et les grilles de Chichen Itza vont bientôt se fermer bientôt aux flots de touristes déversés par les bus. Je reprends un vieux bus « seconde classe » - c’est moins cher et il y a pas de vidéos en boucle – qui marque fréquemment des arrêts dans les villages qui égrènent les routes secondaires que nous empruntons. Aux faciès, je dirais être le seul Européen à bord. Le soleil s’affaisse. Aux forêts tropicales succèdent bientôt, sur la route, les premiers faubourgs de Playa de Carmen, station balnéaire où je compte passer quatre à cinq jours. A l’entendre loué par certains jeunes touristes, Playa serait l’antithèse de Cancun : plus jeune, plus intime, plus interlope. Elle l’est sûrement à bien des égards – bien que je ne connaisse pas Cancun. Pour autant, Playa n’en reste pas moins une station balnéaire que tout semble conduire à suivre le destin de Cancun. La ville gagne en urbanisation chaotique ce qu’elle perd en cachet. Aussi, si le centre-ville regorge de très nombreux commerces, bars et restaurants sympas – somme toute, ce qu’on serait en droit d’attendre d’une station balnéaire –, s’aventurer un peu plus loin vous mène dans des rues non éclairées, pas toujours asphaltées, le long desquelles s’élèvent la sinistre silhouette de résidences de standing en chantier au côté de résidences déjà inaugurées et déjà peuplées de gringos. Pour peu que vous ayez l’idée de passer par la plage un soir – somme toute, seul endroit non bétonné –, vous serez menacé par un vigile de chantier ivre mort. Néanmoins, pour qui a la chance de trouver quelques guides locaux et de préférence fortunés, Playa offre quelques lieux sympas : au nombre desquels le Congo Bongo. Ce dernier, archétype du night club tirant profit des nombreux jeunes Occidentaux de passage à même dépenser en une soirée ce que dépenserait plus difficilement un Mexicain, offre néanmoins une ambiance fort sympathique. Comédiens et danseurs, à force d’acrobaties, de cascades et de danses, font revivre sur scène et par-dessus le bar suspendus dans les airs, les grands classiques de la culture pop : hits commerciaux anglo-saxons ou blockbusters hollywoodiens. Les amateurs de grand-art auront saisi que le nom du lieu, « Congo Bongo », fait référence à l’œuvre de Jim Carrey. Difficilement plus commercial, l’endroit, par l’exceptionnelle qualité du spectacle et par son open-bar, n’en vaut pas moins le coup d’œil.

Le reste de la côte orientale du Yucatan n’offre qu’un intérêt très limité, intérêt limité par les concessions accordées plus ou moins légalement aux promoteurs hôteliers sur des dizaines de kilomètres. A moins de descendre dans l’un de ces établissements, accéder aux plages n’est possible que dans les quelques derniers lieux n’ayant pas cédé aux sirènes des promoteurs. Seul Tulum, station située dans l’extrême sud du Yucatan, ambitionne de se démarquer en misant sur un développement urbain plus respectueux de l’environnement. Son immense plage est restée en l’état : seuls des bungalows sont discrètement nichés entre les palmiers, en lieu et place des immenses complexes hôteliers. Outre le plaisir de retrouver un certain « état de nature », le lieu est aussi apprécié pour son site maya. D’époque tardive, cette petite ville portuaire a été construite peu avant l’arrivée des premiers Européens. Bien que l’architecture, plus sommaire qu’à Chichen Itza, témoigne du déclin de la civilisation maya, ce site vaut un coup d’œil. Outre les nombreuses ruines, Tulum avait été érigé sur un promontoire rocheux surplombant une plage de sable fin. Le cadre est idyllique.

Entre Playa et Tulum se visitent, avec masque et tuba, quelques criques dont les eaux chaudes regorgent d’une faune et d’une flore abondantes. Là, on se laisse dériver dans les courants chauds, entre les rochers, à suivre des poissons de toute sorte, de toute couleur, en banc ou solitaire. Certains bancs se feront même à votre présence et le temps de quelques minutes, vous deviendrez l’un des leurs et goûterez à leur vie monotone des poissons, faite de tours et de retours autour des mêmes rochers… Les amateurs de plongées pourront apprécier le parc de Xel-Ha. Laissons de côté les abords de ce lagon autour duquel a été aménagé un véritable petit parc à thème, avec ses allées bien agencées et ses bars et buffets à volontés qui raviront un public à 98 % familial. Sous la surface de l’eau se trouve un monde autrement plus intéressant. La petite balade subaquatique commence à partir d’une des ramifications du lagon dont laquelle plongent les racines de la mangrove. Passées quelques centaines de mètres, on débarque dans le lagon à proprement parler, un lagon qui n’a de cesse de s’élargir jusqu’à la mer. Sous l’eau, raies, poissons chats et autres poissons de toute race, de toute forme, de toute couleur grouillent par centaines de milliers, sur le fond de sable fin du lagon ou dans les anfractuosités des rivages rocailleux. Néanmoins, les amateurs de mondes sous-marins préféreront à l’onéreux parc de Xel-Ha, le lagon de ???, propriété privée dans laquelle, moyennant un billet d’entrée bien moins cher, les visiteurs auront à cœur de barboter dans l’eau et de voir le même spectacle.

De Cancun, je ne verrai que la gare routière, où je laisse le bus en provenance de Playa pour en prendre un à destination de Mérida. De là décollera l’avion qui me ramènera, pour une ultime fois, à Monterrey.
Par Grég
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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /Juil /2009 08:24



« Mexico, Mexiiiiiiicooo ! »… Certes. Mais fuyons vite les clichés et stéréotypes qui viennent à l’esprit de l’Européen n’ayant pas eu la chance de déambuler dans la grande, très grande capitale fédérale du Mexique. Mexico n’est pas cette ville prise à la gorge par la misère  et ses deux filles, l’insécurité et l’insalubrité. C’est l’une des villes les plus agréables – que dis-je –, l’une des villes les plus fabuleuses qu’il m’ait été donné de découvrir… Vamos.

 

J’ai passé la nuit à bord du bus Monterrey – Mexico, le bus étant de loin le moyen de transport offrant le meilleur rapport qualité / prix et de fait le plus populaire. Pensez donc : 15 euros pour 1500 km… Désormais rompu aux voyages en bus, j’ai dormi comme un bébé et me réveille en conséquence : frais comme un gardon. Je me réveille frais comme un gardon dans ce qui doit être les faubourgs de Mexico, et qui se révèle bel et bien l’être. La lumière du soleil encore bas dans le ciel inonde les petites rues rarement plus hautes qu’un étage et dans lesquelles les flots de voitures et de piétons ne tarissent pas. Quelques minutes plus tard, mon bus arrive enfin à la gare routière nord. Dans cette gare immense aux allures d’aéroport, j’attends l’ami avec qui je vais passer ces trois jours. Son car en provenance de Puebla (quatrième ville du Mexique, célèbre pour son centre-ville colonial) arrive une heure plus tard, retardé par un accident. Ce laps de temps me permet de me familiariser avec les (…). A Mexico, l’ambiance n’est plus exactement celle de Monterrey – quelque chose de plus fébrile dans l’air. L’ami à l’accent de Puebla arrive enfin. Commence alors véritablement mon périple dans le DF, el Districto Federal.

 

Première journée

 

Le métro constitue une bonne entrée en matière : propre, aux couloirs interminables, décorés dans le plus pur style des 70s, aux noms de stations fleurant les faits de gloire de l’histoire nationale, aux rames bondées, animées, animées notamment par les très nombreux vendeurs ambulant de CD gravés qui ont toujours à cœur de faire partager aux usages la musique de leurs compilations. Il nous faut bien une heure pour parvenir chez l’amie de mon ami qui nous hébergera pour deux nuits. Elle loge dans le Sud du DF, à proximité de la station Copilco, non loin du campus immense de la prestigieuse UNAM – la grande université publique de Mexico. On arrive chez cette amie. Le temps de se taper la discute et de reprendre le métro et on refait surface sur la place de la Constitution, plus connue son le nom de Zócalo, au cœur du centre historique.

 

A l’instar des très nombreuses cités coloniales, les lieux d’exercice du pouvoir sont agencés autour de cette immense place carrée : s’y dressent la cathédrale métropolitaine et le Palais du gouvernement du District fédéral (l’Etat de Mexico). La place, immense, avec sa foule composée de touristes interpelés par les vendeurs à la sauvette et les militants des droits de l’homme, eux-mêmes surveillés ou interpellés par les flics, est semblable à toute autre grande place d’une grande métropole touristique. Mais au risque de me tromper, j’affirme qu’il y a peu de nations qui donnent à visiter un lieu autant chargé en mémoire. La légende veut que ce soit ici que les premiers Aztèques aient vu un aigle dévorer un serpent, ce qui les invitait, selon leur prophétie, à y édifier leur capitale. C’est donc ici même que se dressait le cœur monumental de Tenochtitlán, la capitale aztèque. Là aussi que s’est jouée la chute du monde aztèque, là qu’a été rebâtie, sur les ruines, la capitale de la Nouvelle Espagne, là que flotte aujourd’hui le gigantesque drapeau tricolore orné de l’aigle dévorant le serpent. La boucle est bouclée. Aujourd’hui encore, sur cette place, se donne à voir le spectacle de ces deux époques, précolombienne et hispanique, qui s’entrechoquent. Ainsi en va-t-il de la cathédrale métropolitaine qui se fissure à force de s’enfoncer dans le lit de l’ancien lac qui entourait la cité aztèque, lac comblé par les conquérants espagnols. A quelques rues de là ont été excavées les ruines du Templo Mayor, principal temple aztèque. Au bord de la place (…) se dresse le grand Palais du Gouvernement du DF. Lui vit se jouer l’histoire du Mexique moderne et contemporain : c’est là que résidait le Vice-roi de la Nouvelle-Espagne, là que fut hébergé le premier parlement du jeune Mexique. Dans le patio principal, les fresques de Diego Rivera transfigurant l’histoire du Mexique.

 

Autour du Zócalo s’articulent les rues en damier d’une ville typiquement coloniale. Au pied des façades des 18e et 19e siècles noircies par la pollution vont et viennent les badauds, au nombre desquels je figure désormais. Il y a quelque chose de grisant à se sentir, fictivement, appartenir à un endroit qui nous était jusque là étranger, le temps de quelques heures ou de quelques jours. Le charme du Mexico colonial n’a rien à envier au charme du Paris haussmannien : les immeubles de quatre ou cinq étages n’ont rien perdu de leur superbe, les terrasses et commerces – nombreux – attirent les chalands. L’Ouest du centre-ville nous mène au croisement des avenues Juarez et Cárdenas. De part et d’autre, se dressent, entres autres monuments, le bâtiment de la poste, la torre latino-americana, le parc de l’Alameda et son palais des Beaux-arts. Ca fleure bon la haute-société, très 19e siècle, du Porfitario, nom donné au régime du dictateur Porfirio Díaz (1876-1910).

 

C’est là même qu’en cette fin de première journée, au sortir d’un café, l’été tropical se rappelle à notre bon souvenir : la pluie d’orage s’abat sur la ville durant plusieurs dizaines de minutes. Les routes deviennent de véritables petits réseaux hydrographiques avec leurs ruisseaux et leurs étangs qui rendent périlleuses la traversée des passages piétons. A deux pas de là, la Torre Latino-Americana, plus haut gratte-ciel de Mexico et survivante de plusieurs séismes, sera notre refuge. Passé un groupe scolaire qui a trouvé refuge dans le hall de l’édifice, on prend l’un des ascenseurs qui nous propulse au sommet de la tour. De tout là-haut s’admire la ville, quoique difficilement du fait du rideau de pluie et des nuages plombés qui plongent la ville dans les ténèbres. Mais du Nord-Ouest s’affirme progressivement la lumière rougeoyante de l’éclaircie : l’heureux touriste monté au sommet se voit alors offrir un point de vue de choix sur la plus grande métropole du monde. Au sud, la ville s’étend jusqu’aux montagnes délimitant la vallée de Mexico, sans que s’y démarque quelque édifice notable. A l’ouest se trouvent la Zona Rosa et l’avenue du Paseo de la Réforma, desquelles s’élèvent de nombreux gratte-ciels. Au nord s’élève, rien de notable non plus sinon que les phares des voitures ont l’intérêt de former des lignes lumineuses aussi longues que les avenues qu’elles parcourent : plusieurs dizaines de kilomètres ! A l’est s’étend la ville coloniale, le Zócalo et plus loin, à quelques kilomètres, l’aéroport de Mexico. A sa vue, je ne peux m’empêcher de penser que dans trois semaines, j’y serai probablement et que je m’apprêterai à voir, par hublot interposé, une dernière fois la terre du Mexique… (Soupir) Il y aurait encore probablement beaucoup à dire sur cette journée : la promenade dans les allées détrempées du parc, très 19e, de l’Alameda, le spectacle offert par les troupes de danseurs redonnant vie aux danses amérindiennes ; ce petit restaurant qui vit passer, du temps de la Révolution des années 10, Pancho Villa et qui en garde, pour souvenir, une balle au plafond. Mais gardons-en pour les jours suivants ! Cette nuit-là, ayant trop tardé dans un des nombreux bars de la Zona Rosa, nous avons loupé le dernier métro. Nous avons pris un taxi – en dépit de ma crainte tout européenne de finir enlevé et rançonné. Au moins nous a-t-il ainsi été offert le spectacle des avenues immenses, qui ne désemplissent jamais de voitures. A dire vrai, à voir ainsi défiler la ville, la ville n’a pas grand-chose d’américain, c’est une ville très européenne, plus européenne même qu’une ville comme Montréal. Laissant notre taxi non loin de la station Colpico, nous remontons durant quelques minutes un long et morne boulevard, nous engouffrons dans une rue adjacente, passons un portail, un autre encore, montons un escalier métallique et par la fenêtre, parvenons dans la chambre de notre amie.

 

Deuxième journée

 

Au programme de cette nouvelle journée : azur céleste immaculé et donc, soleil radieux ! Il n’en faut pas moins pour vous extraire de votre nuit trop courte et vous pousser dans la station de Copilco. Première destination : les quartiers de Coyoacan et de San Angel. Un interstation de métro et quelques arrêts de bus plus loin, on comprend en quoi la réputation du premier de ces quartiers, Coyoacan, est légitime. Exit le centre historique saturé de gens et de voitures : nous arrivons dans ce qui arbore des airs de village au cœur même de la plus grande métropole du monde. C’est un village qui respire le charme de la vie au grand air : maisons colorées, le plus souvent de teintes blanches, bleues ou rouges donnant sur des rues arborées et des squares ombragés blottis autour de vieille église de pierre, telle la plaza La Conchita. A quelques rues, se trouve le jardin centenaire et l’église San Juan Bautisto autour desquels a été dressé, ce jour-là, un marché local. L’ambiance – tranquila – vous invite à vous poser à l’une des nombreuses terrasses.

 

Ce quartier, comme celui de San Angel, étaient d’anciens bourgs situés au sud d’une métropole qui les a finalement engloutis, métropole dont la population est passée en cinquante ans de 4 à plus de 20 millions d’habitants. On sort de Coyoacan par l’ouest, via l’avenue Francisco Sesa. En fait d’avenue, il s’agit d’une rue longue de plusieurs kilomètres. Si on vous y téléportait là maintenant, comme ça, sans que vous sachiez où vous vous êtes recomposé et sans rien connaître de Mexico, vous ne parierez probablement pas  vous trouver dans la mégalopole mexicaine. Car cette petit rue où il ne passe quasiment rien d’autres que vous-même revêt des airs bucoliques avec ses pavés, ses arbres qui ont à cœur de pousser n’importe où, ses manoirs bourgeois dont on aperçoit à travers les gilles l’immensité des jardins luxuriants. Passé un petit cours d’eau, on débarque dans le quartier de San  Angel, qui renoue un peu plus avec l’agitation dont est plus coutumier le DF. Passé le parc Tagle, ses stands et ses manèges, on parvient au square délimité par les rues San Jancito et Dr. Galvez colorés par les nombreux tableaux qui s’y exposent et s’y vendent. Puis, deux restaurants français plus loin, on parvient sur la place de los Arcangeles : champêtre, en dépit des nombreux touristes et habitants du coin qui prennent le soleil sur l’un des bancs des nombreuses allées. Que faire à présent ? Aller faire un tour sur le lac de Xochimilco, lieu de villégiature prisé depuis l’époque aztèque ou bien visiter l’un des principaux sites touristiques de Mexico, la basilique de la Vierge de Guadalupe ? Attablés dans une toute petite crêperie française, les considérations logistiques l’emportent et nous faisons le choix de la basilique.

 

Une heure de bus et de métro et hop !, on émerge au nord de la ville. Là, aux abords de la basilique, les touristes gringos se retrouvent minoritaires. Comme le disait un écrivain dont j’ai oublié le nom, c’est peu dire d’affirmer qu’il est difficile de comprendre le Mexique sans comprendre l’importance historique que revêt la Vierge de la Guadalupe. Passés les stands d’un marché installé autour des bouches de métro, on fait face à la basilique de cette Guadalupe. Les flots de badauds, pèlerins pour l’essentiel, ne tarissent pas. Les reliques de la « vierge nationale » ont du succès au point qu’une seconde basilique a été édifiée aux côtés de la première, trop petite pour contenir tant de dévotion et trop fragile pour ne pas s’enfoncer elle aussi, lentement mais sûrement, dans le sol argileux. Dans la nouvelle basilique toute bétonnée, le pèlerin ne s’attendra pas à pénétrer en un lieu esquissant la superbe et la sérénité du monde céleste. Les offices se célèbrent au milieu d’une foule compacte attendant de pouvoir parcourir les quelques mètres de tapis roulant la faisant passer, quelques secondes durant, sous le saint suaire suspendu à quelques mètres au-dessus des têtes.

 

Passée la vue de la relique de la « vierge » qui amorça le syncrétisme entre les croyances précolombiennes et le christianisme, on n’a plus qu’à échapper à la foule, par la première sortie venue. Au dessus des deux basiliques se dresse un promontoire rocheux au sommet duquel s’élève une troisième basilique. Ma faible piété me pousse à me contenter de la vue qui s’offre de là-haut, sans oser aller plus en avant dans ce troisième lieu saint, lui aussi bondé. Du reste, le panorama sur Mexico n’est pas exceptionnel : la basilique se situe beaucoup trop au nord du centre historique. Que hacemos ahora? On va au meilleur du DF ! Par la magie du métro et des correspondances, on arrive bientôt au début du Paseo de la Reforma, avenue longue de plusieurs kilomètres qui ambitionnait probablement, à ses débuts, d’égaler les Champs Elysées français. A ses débuts seulement.

 

Désormais, ce sont les gratte-ciels et non les hôtels particuliers qui dominent cette très longue et très large avenue. Par un dimanche d’été, remonter l’avenue vers l’Ouest est une expérience des plus agréables. Aux gratte-ciels aux formes résolument contemporaines – qu’ils soient fraîchement achevés ou, pour beaucoup, en chantier –, succèdent les bâtiments des époques antérieures : là le premier gratte-ciel de Mexico, ici quelques beaux hôtels particuliers. Le centre de l’avenue est parcouru dans toute sa longueur par une allée piétonne à laquelle les arbres donnent des airs de parc s’étirant sur des kilomètres. Quelques monuments élevés en mémoire des riches heures de l’histoire du Mexique moderne et contemporain ponctuent la promenade. Ainsi, à quelques centaines de mètres de l’avenue, au sommet d’une butte, s’élève le monument de la Révolution (1910-1917). Cette révolution aboutit à la confiscation, jusqu’en 1999, du pouvoir par le Parti Révolutionnaire Institutionnel, parti qui, comme le nom l’indique, avait un sens du paradoxe particulièrement affuté et au nombre desquels figurait celui de tenter de concilier socialisme et clientélisme. Toujours est-il que ce qui devait être le futur et monumental parlement voulu par le dictateur Diaz a été laissé inachevé par le nouveau pouvoir révolutionnaire, à la fin des années 10, pour en faire un monument à la gloire de ceux tombés pour la Révolution. Retour sur le Paseo de la Reforma. Au centre de l’avenue se dresse le monument à l’indépendance, l’une de ces érections monumentales dont avait un goût immodéré les jeunes Etats Nations au 19e siècle. Le monument fut érigé à la gloire de la révolution de 1810 qui aboutit à l’indépendance du Mexique. Le monument est semblable à ses camarades européens du même âge, que l’on pense à la Colonne de la Victoire à Berlin – célébrant l’unité allemande – ou à la Colonne de Juillet, place de la Bastille à Paris. Toutefois, dans le nouveau monde, l’urbanisme fait fi de certaines considérations : ainsi l’antique monument se retrouve-t-il flanqué, de part et d’autre de la place, de gratte-ciels. Les glorieux insurgés mexicains écrasés par l’ombre des multinationales européennes ou américaines : tout un symbole. Mais laissons de côté les considérations polémistes. La promenade est d’autant plus agréable que l’allée centrale est ornée de sculptures contemporaines et d’écriteaux tout en poèmes. Mais voilà, nos pieds sont fatigués et on aimerait profiter du parc de Chapultepec, auquel aboutit l’avenue, avant sa fermeture.

 

Nous prenons l’un de ces très nombreux minibus qui cohabitent avec les réseaux de bus urbains. Hélas, arrivés à l’entrée, un gardien nous apprend que ce parc immense, semblable aux bois de Vincennes, ferme ses grilles. Fort heureusement, à Mexico, l’ennuie ne guette à jamais. Une rue à traverser et l’on se retrouve dans la Condesa, beau quartier bourgeois situé à l’Ouest du centre. Parcourir ses rues est d’autant plus agréable à la lumière rasante d’une fin de journée, filtrée par les nuages chargée d’une pluie qui, comme la veille, menace de se déverser sur la ville. Hôtels particuliers, manoirs et quelques restaurants s’alignent le long de rues calmes. Les Mesdames et Messieurs de la Haute ayant besoin de verdure, les parcs d’Espagne et du Mexique agrémentent le quartier. C’est là que nous surprend, ce jour-là, la pluie d’orage. Sous un banc abrité d’un toit, nous concoctons le programme de notre soirée : il aura pour cadre la Zone Rosa. Bravant de nos têtes nues la pluie battante, nous nous rendons au premier arrêt de métrobus (bus en voie propre) qui nous amènent aux abords de la place entourant la station de métro Insurgentes, l’une des portes d’entrées de la Zona Rosa. Sur cette place piétonne circulaire, cernée par un viaduc routier circulaire, éclairée d’immeubles aux écrans vidéo géants, va et vient la foule interlope. Cette foule est formée de jeunes gays et de rares hétéros allant ou revenant d’un des nombreux bars disposés autour de la grande rue piétonne qui relie la place à l’avenue du Paseo de la Reforma. Ne serait-ce la langue et les faciès aux traits latinos, l’ambiance pourrait, de prime abord, paraître la même que dans le Marais parisien ou le Greenwich Village newyorkais. Mais pour peu qu’on remonte davantage l’allée piétonne, que l’on passe devant les très nombreux bars et terrasses bondés, jusqu’à son extrémité, là où elle débouche sur le Paseo de la Reforma et ses grattes ciels, on trouvera une ambiance plus suave, moins rigidifié par ces convenances typiquement gay qui vous réduit à l’Etat de produit vivant.

 

Troisième journée

 

Dans le ciel de l’ancienne Tenochtitlan, aucun nuage ne vient importuner Huitzilopochtli, le Dieu Soleil dans le panthéon aztèque. D’ailleurs, nous nous apprêtons à aller à sa rencontre ainsi qu’à celle des divinités de la Pluie et de la Lune : nous nous rendons à Teotihuacán. Du métro, nous refaisons surface à la station de la Gare du Nord, là même où j’ai posé pied à Mexico deux jours plus tôt. Nous traversons le très grand hall alignant les dizaines de guichets pour autant de compagnies et on a tôt fait de nous retrouver, billets en poche, dans le bus qui dessert Teotihuacán, site situé à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de l’agglomération.

 

Teotihuacan… Œuvre de mystérieux mécanismes historiques ou œuvre du hasard : en nahuatl (la langue aztèque) comme en grec, la racine du mot, « Teo », renvoie au divin. Dit autrement, en aztèque, Teotihuacan, c’est la Cité des Dieux. Cela étant, cette cité est bien antérieure aux temps aztèques. Cette cité est l’œuvre d’une civilisation méconnue, l’une des premières néanmoins à avoir fondé une cité dans la vallée de Mexico. Pour le reste, c’est peu de dire que l’on n’en sait pas beaucoup plus sur les origines et l’histoire de cette cité, l’une des plus grandes du monde antique. Mais cette journée passée à Teotihuacan fera l’objet d’un billet spécial, qu’il me reste encore à rédiger. La Cité des Dieux n’en méritait pas moins.

 

Passée la fermeture du site archéologique, je retrouve mon bus pour Mexico. Et comme chaque soir d’été, Tlaloc manifeste sa superbe et fait s’abattre une pluie d’orage sur la vallée de Mexico, spectacle que j’observe depuis le bus qui nous ramène vers le cœur du DF, tout en musique, un guitariste-chanteur ayant pris place à bord. En première partie de soirée : Dénicher un hôtel – l’amie de l’ami ne pouvant pas nous héberger ce soir-là. La difficulté n’est pas ici de passer outre sa réticence à dégainer sa carte bleue – pour un Européen, la plupart des hôtels offrent un excellent rapport qualité / prix – mais plutôt, de trouver une chambre libre, particulièrement en cette haute-saison. L’hôtel Castro, situé à deux pas de la Zona Rosa, en proposait une dernière : elle sera mienne. En ce dimanche soir, la Zone Rosa se repose du week-end, donnant à notre soirée une touche de « tranquilidad ».

 

Quatrième et hélas, dernier jour

 

Rappelé à ses obligations familiales, mon ami doit retourner à Puebla et je le laisse à la station de métro Insurgentes. Me voilà seul, vraiment seul, dans la grande ville. C’est vraiment un sentiment étrange que de parcourir les rues, comme le fait autochtone qui a toujours vécu là. Je me délecte de l’illusion d’appartenir à cette ville, ce qui m’est rendu d’autant plus facile par mon faciès qui, pour beaucoup, est celui d’un Mexicain du Nord, jusqu’à ce que mes premiers mots trahissent mon accent horriblement franchouillard. En ce milieu de journée, je prends la direction du parc de Chapultepec que je compte, enfin, visiter. Cet immense parc boisé dont l’agencement s’inspire et fait honneur au Romantisme du 19e siècle : A l’instar des parcs parisiens de Montsouris ou des Buttes-Chaumont, on veut faire vivre aux citadins l’expérience de la nature sauvage. Avec ses allées immenses et sinueuses longés d’arbres centenaires, l’expérience est des plus agréables. A l’entrée, des colonnes surmontées de statures rappellent que ce lieu fut le théâtre d’une des batailles les plus féroces de l’histoire mexicaine. En 1847, les troupes américaines – désireuses d’en découdre avec un Mexique refusant d’abandonner le Texas – parvinrent jusqu’à Mexico et prirent d’assaut le château de Chapultepec, les jeunes soldats qui s’y trouvaient en garnison – les cadets – leur résistèrent jusqu’à la mort. Aujourd’hui, le château est resté en l’état de celui que lui a conféré Mathilde, l’épouse de l’empereur Maximilien. L’empereur Maximilien ? Le lieu est décidément chargé d’histoire. Napoléon III, en mal de signes de puissance, eut l’idée de faire du Mexique un protectorat français. Pour conférer de la superbe à l’entreprise, il choisit Maximilien d’Autrichien pour en faire l’empereur de ce nouveau Mexique. Dans un Mexique en mal de stabilités  sociale et politique, le projet reçut le soutien des conservateurs et les troupes françaises parvinrent à contrôler une partie du pays. Toutefois, la résistance des armées mexicaines fut la plus forte et Maximilien, à sa grande surprise, expira face à un peloton d’exécution. Mais le château de Chapultepec n’a rien perdu du charme qu’il avait du temps du très bref règne de ses altesses impériales, Maxilien et Mathilde. Perché au sommet d’un promontoire qui domine tout le DF, il offre  d’exceptionnelles vues panoramiques, notamment sur le Paseo de la Reforma. De là-haut, Mexico se révèle être une ville verte et comme le confirme la très bonne visibilité, libre de toute pollution. Mais je redescends vite de la colline, traverse le parc jusqu’au Grand Musée d’ethnologie de Mexico. Européens : imaginez un musée où, depuis des temps immémoriaux, chaque ethnie ayant peuplé l’Europe, ait sa salle qui retrace son histoire et présente sa culture. D’une certaine manière, c’est ce que propose ce musée. Le rez-de-chaussée se propose de retracer l’histoire de la Méso-Amérique et de ses nombreuses ethnies. L’une des principales salles ait notamment consacrée aux Aztèques.

Le premier étage met en valeur l’histoire et les traditions de toutes les ethnies amérindiennes réunies au sein de la Nation mexicaine. Deux jours suffiraient à peine pour profiter de toutes les ressources disponibles. Au nord du musée se trouve le quartier de ???, quartier des ambassades et des commerces, bars, cafés et restaurants qui siéent aux exigences de leur personnel. Pub irlandais, bar australien et petits centres commerciaux peuplent les rues de ce quartier ennuyeusement agréable. S’ensuit un ultime crochet par le centre historique, que je peux enfin immortaliser en photos, plaisirs que je n’avais pas pu m’accorder lors de la première journée, faute d’une batterie déchargée. Ma journée s’achèvera dans la Zona Rosa avec rencontres sympathiques, avant de mourir dans le bus qui me ramènera vers Monterrey, l’industrielle ville du Nord aride.

Par Grég
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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /Juin /2009 07:04

 

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De Real de Catorce, je ne savais rien sinon que c’était une bourgade touristique, située quelque part entre désert et montagne. De Real de Catorce, j’ai rapidement appris qu’elle se mérite. Depuis Monterrey, elle m’a réclamé deux heures de bus et deux heures de voiture à travers le relief accidenté de la Sierra Madre puis deux autres heures à travers les étendes arides de l’Etat du San Luis Potosi. Et voilà qu’au milieu du désert inanimé surgit un panneau mentionnant « Real de Catorce ». Il nous convie à quitter l’autoroute. S’ensuit une route secondaire traversant quelques bourgs que seul anime le vent poussiéreux. A l’horizon, au nord, il n’y a rien, au sud, se précise à chaque nouveau kilomètre la silhouette massive d’une chaîne de montagne. Un nouveau panneau nous invite à quitter la route pour en prendre une toute pavée, filant vers ce sud montagneux. Au rythme des cahots, l'antique route nous rapproche sans cesse davantage des montagnes où l’on devine nichée Real de Catorce. Autour de nous, tout n’est que poussière et végétation semi-aride. Dès les premiers contreforts, la route du désert se fait route de montagne. En contrebas, enserrées dans les méandres des montagnes, reposent les premières ruines de villages abandonnés. Advient enfin Real de Catorce. Mais il ne s’agit là que de la ville moderne. Pour accéder à la Real de Catorce que je me suis représentée mentalement, il faut se présenter face à la montagne et plus précisément, face au tunnel qui la transperce. Ce tunnel a lui-même valeur d’expérience. Datant probablement de la fin 19e, il a été creusé par des ouvriers-artisans dont la première priorité semble d’avoir édifié en son sein, 30 mètres après l’entrée, une chapelle. Les Mexicains sont parmi les êtres les plus pieux qui soient. Les parois bosselées du tunnel n’ont été consolidées qu’en de rares endroits. Parfois, le tunnel va de guingois. On y opère donc un virage à 90° degrés ; les ouvriers s’étant peut-être rendus tardivement compte qu’ils avaient pris la mauvaise direction. Et après plusieurs kilomètres d’obscurité surgit la lumière d’un autre monde, celle de Real de Catorce.

Real de Catorce est quasiment une ville fantôme. Ville fantôme ? Real de Catorce est foudroiement née de la Ruée vers l’Or – ou plutôt dans son cas, de la ruée vers l’argent – et presque aussitôt morte une fois le filon épuisé.

Real de Catorce n’a donc que très peu changé depuis 100 ou 150 ans à ceci près que ses rues sont désormais envahis par les 4x4 des touristes qui peinent à se trouver une place dans les rues étroites et escarpées. Car Real de Catorce est pour partie édifiée à flan de montagne, enserrée entre deux pitons. Seul le tunnel la relie directement au monde extérieur. Ses maisons aux épais murs de pierres sont celles d’un village de montagne. Héritage de ses « hey days », ce qui constituait probablement des hôtels particuliers sont devenus des hôtels tout court. Ces hôtels accueillent même de temps à autres quelques grands de ce monde : Real de Catorce sert en effet de décor naturel à certaines productions hollywoodiennes. Rien de surprenant donc à voir autographiées photos de Johny Deep, Brad Pit ou Julia Roberts dans le hall de notre petit hôtel.

Mais l’espèce composant la faune locale qu’il convient d’étudier plus particulièrement n’est ni celle des stars, ni celle de touristes, américains ou mexicains pour l’essentiel : c’est celle que constituent les autochtones eux-mêmes. Ces derniers ne sont plus que 2000 à vivre dans une ville qui hébergeait, à son heure de gloire, quelques 40 000 âmes. Ces Mexicains semblent vivre entièrement des flux de touristes entrant et sortant du tunnel. Les nombreux cafés et hôtels – assez agréables – et le nombre de cavaliers – presque tous les hommes – vous proposant un tour de cheval dans la Sierra voisine semblent l’attester. Ces Mexicains côtoient d’autres autochtones encore : les Amérindiens. A quelques kilomètres de là, le sommet de la plus haute des montagnes constitue en effet un important centre spirituel pour les Amérindiens du Mexique. Plusieurs par fois par an, certaines tribus s’y rendent – le plus souvent à pied – pour prendre part à des cérémonies ouvrant, grâce à la consommation d’un champignon local, sur d’autres mondes. Aux dires de notre guide-cavalier, elles donneraient accès – non sans risques – à un état de lucidité extrême.

Aussi de nombreux touristes – vieux hippies américains mais surtout jeunes mexicains – viennent-ils camper à Real de Catorce pour se réapproprier, à leur manière, le rite amérindien – probablement d’abord séduit par ce que l’acte a de subversif et ses plaisirs neurochimiques. Le son de leur guitare n’en contribue pas moins, à chaque coin de rue, à nourrir l’atmosphère festive.

Tout ce monde n’a de cesse de déambuler ou de stationner dans des rues aux murs de vieilles pierres pour certains toujours debout, pour d’autres depuis longtemps effondrés. Avec ses murs crénelés, la périphérie en ruine semble unir naturellement le centre-ville, dans lequel se concentrent les habitants, aux montagnes environnantes. Parcourir ces rues escarpées aux murs en ruines, baigner dans la lumière rasante d’une fin de journée, respirer cet air qui sent les cimes et le crottin de cheval : c’est peut-être un peu renouer avec cette époque qui inspira Pagnol ou Fournier, cette époque où les campagnes demeuraient, en ce 20e siècle naissant, préservés des sophistications de la vie urbaine. Dans cette époque, marcher, humer l’air, voir ne sont que des plaisirs, des plaisirs qui n’ont pas à se justifier de leur utilité.

Le dimanche matin – nous sommes arrivés la veille en milieu d’après-midi – nous chevauchons deux heures durant dans les environs de Real de Catorce.  Seuls les touristes « montés » et un éleveur et son troupeau de montons animent ces étendues arides et montagneuses. La visite du centre spirituel amérindien qu’incarne le sommet d’une montagne voisine me laisse songeur.

L’heure passe. Nos deux chevaux, que l’ego pousse sans arrêt à tenter de prendre la tête de notre petite caravane, nous ramènent rapidement à Real. L’âne de notre guide, à la traîne, reste lui insensible à l’émulation qui anime nos deux montures. Au détour d’un chemin bordant un ravin réapparaît, perchée sur une colline, Real de Catorce. Plusieurs heures de route nous attendent. Sitôt délaissés nos chevaux, nous renouons donc avec les chevaux-vapeur de notre voiture. Nous nous représentons en face du tunnel,porte d’accès à une réalité autre que celle de Real de Catorce.

Par Grég
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Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /Mai /2009 01:35

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L’avion atterrit, termine son roulage, ouvre ses portes ; j’hume enfin l’air du Tabasco. Moins de deux heures de vol ont suffi à rallier Villahermosa, capitale de l’Etat, depuis Monterrey.



« Le Sud du Mexique n’a rien à voir avec le Nord », m’ont maintes fois rapporté les Européens revenus de quelques jours passés dans le Sud et plus encore, les Mexicains eux-mêmes. Parmi ces derniers, il y a mon hôte de trois jours : jeune Mexicain originaire du Tabasco parti s’exiler dans les étendues désertiques du Nord-mexicain, à Monterrey, principal pôle économique du pays.

 

Le Tabasco, lui, n’a rien de désertique. Si l’air y est aussi chaud qu’à Monterrey, il est toutefois humide, ce qui ne le rend pas plus supportable, loin s’en faut.

 

Mais le Tabasco ne se résume pas à son climat. Par la richesse de son patrimoine naturel et culturel, cet Etat mexicain se démarque de ceux qu’il m’a été donné de voir jusqu’à présent : le Nuevo Léon bien sûr (Monterrey) mais aussi ceux de l’Ouest mexicain visités début avril : la Basse Californie et le Chihuahua.

 

Le Tabasco, c’est d’abord une affaire d’eau et d’arbre. Tout ce qui n’y est pas ville est jungle et tout ce qui n’y est ni ville, ni jungle est marécages ou lagons. Et puis ici le tissu urbain est bien plus dense que dans le Nord du Mexique : comme en Europe, les villages égrènent votre route. Et plus encore que dans le Mexique septentrional, les gens se montrent avenants et chaleureux, a fortiori envers un jeune touriste venu des terres lointaines d’outre-Atlantique.

 

Dans les rues du Mexique méridional n’existe pas ce raffinement qui pousse l’Européen à compartimenter sa vie : ici, vie familiale, vie professionnelle et vie personnelle s’imbriquent dans un tout indissociable. Les maisons – bigarrées et le plus souvent sans étage comme un peu partout au Mexique – ont leur porte ouverte sur des rues constamment animées.

 

Mais ces Mexicains là, ceux du Sud, ne se différencient pas par leurs seuls traits de caractère ; ils se démarquent aussi par leur peau et leur faciès qui viennent rappeler aux visiteurs qu’ils descendent, un peu, des grandes civilisations précolombiennes : celles des Olmèques et des Mayas. D’ailleurs, pour peu que vous quittiez les grandes agglomérations, vous apercevrez rapidement sur les panneaux de signalisation routière le pictogramme signalant la présence de ruines mayas à proximité, de la même manière qu’aurait été signalé quelque vieux château ou abbaye en Europe.

 

Mon premier site maya, je le fais trois heures après mon atterrissage tant mon ami désirait m’acculturer au plus vite avec ce pays. Il s'agit du site de Comalcalco. D’abord, on se gare sur le parking presque désert d’un musée dont il reste encore beaucoup à construire. Puis un sentier flanqué d’une végétation luxuriante débouche, après quelques minutes de marche, sur ce qui m’apparaît d’abord, de loin et à travers les arbres, comme un toit de chaume. C’est en réalité une pyramide, une pyramide maya édifiée il y a plus de 1000 ans. Caractéristique unique de ce site, les constructions sont entièrement en briques.  Enfouies jusqu’à la fin du 19e siècle sous terre, les pyramides ont été relativement bien conservées quoique le revêtement lavique ne subsiste qu’en de rares endroits. C’est un sentiment étrange de se dire qu’on foule les mêmes dalles qu’ont foulé, il y a bien longtemps, les membres de la haute société maya. Avec pour seules ressources les préconçus de l’imaginaire collectif européen, je les imagine avec plûmes, tuniques, désireux de rassasier le Soleil par du sang humain – quoiqu’en vérité, la violence sociale de la société maya ne soit apparue qu’à la fin de son histoire.

 

D’ailleurs, lorsqu’on se retrouve à transpirer comme un porc sous le soleil d’Amérique centrale, on peut comprendre que certains aient tenté d’apaiser la férocité du Dieu solaire par tous les moyens, soient-ils sanglants.

 

Que ma journée s’achève par un petit tour sur une plage voisine sur laquelle souffle une brise me ravit au plus haut point. C’est aussi l’occasion de découvrir le Golfe du Mexique, ses eaux chaudes, ses plages bordées de forêts de cocotiers et ses plates-formes pétrolières, au large. Elles viennent rappeler que l’économie régionale doit beaucoup sinon tout à ce pétrole qu’elles s’attèlent à extraire des fonds marins.

 

Ma deuxième journée commence bien plus tôt que la précédante, avant l’aube, notre destination du jour étant distante de plusieurs heures de route : le site maya de Palenque. Plus nous progressons vers le sud, plus les paysages s’éclaircissent : la végétation se fait moins dense, les villages moins nombreux. Ces vastes plaines aux hautes herbes et aux quelques grands arbres au sommet plat m’évoquent quelque peu les paysages de la savane africaine – l’imaginaire se raccroche aux références dont il dispose.

 

Avant d’accéder au site de Palenque, nous faisons étape dans une zone franche de quelques kilomètres carrés située de l’autre côté de la frontière guatémaltèque. A écouter mon ami, je m’étais préparé à découvrir des magasins d’usines rutilants aux étalages alimentés par des articles à vil prix tout droit sortis des usines guatémaltèques des grands groupes textiles américains. La désillusion est brutale : elle prend la forme d’une espèce de village de magasins construits à la va-vite, à même la terre battue. Pour seuls articles : les contrefaçons grossières des grandes marques américano-européennes. Il n’y en a pas moins quelque chose de fascinant à voir édifié, au milieu de nulle part, entre une jungle et une montagne, ce temple où Mexicains et Guatémaltèques peuvent assouvir leur culte des marques divinisées du Panthéon marketing occidental.

 

Mais mes pérégrinations m’éloignent bientôt des rites consuméristes du 21e siècle pour m’amener au plus près de ceux des Mayas du premier millénaire. Palenque se trouve en pleine jungle – les babillages tropicaux des oiseaux du coin et le hurlement des singes viennent le rappeler. Et c'est au milieu de cette jungle que se dresse donc cet ensemble gigantesque de temples pyramidaux tout en pierre.

 

Bien que le site se trouve en grande partie libéré de l’emprise de la jungle, certaines des ruines se trouvent encore sous l’épaisse canopée de la forêt toute proche, non loin de ses cascades et étangs aux eaux rafraîchissantes.

 

Hélas, le site ferme dès 16 heures et après une halte à Palenque – la ville moderne – nous reprenons la route de Villahermosa. Ma soirée fut, d’une certaine manière, tout entière consacrée à la découverte de la culture sociale du Mexique méridional et notamment, aux libations auxquelles s’adonnent les jeunes du pays.

 

Et c’est encore un peu étourdi par mes libations nocturnes que je me lève pour profiter de mon ultime journée. Au programme : le parc archéologique de La Venta à Villahermosa. Dans ce simulacre de jungle, en pleine ville, ont été transportées et exposées les statues olmèques de la région, rescapées de la destruction auxquelles les vouaient les foreurs pétroliers.

 

Une autre moitié du parc est tout entière dédiée à la faune régionale. Caïmans, jaguars, serpents et oiseaux bariolés : les bestioles, sympathiques ou repoussantes, trompent leur ennui en se laissant contempler par les bipèdes.

 

Mais déjà le soleil diminue d’intensité. Me titille l’envie de retourner à la plage… Alors sitôt après avoir siroté la première noix de coco de ma life, on retourne sur la plage sur laquelle on s’était rendus vendredi. On arrive. A les voir par centaines se courber doucement sous l’effet du vent, je me rends à l’évidence : le règne végétal ne compte pas de représentant plus gracieux que le cocotier.

 

Mais je me détourne rapidement du cocotier pour me consacrer aux plaisirs plus superficiels de l’eau et de la pose photo à la lumière du soleil déclinant. Bientôt l’astre s’enfonce et disparaît dans la brume marine, au large.

 

Le lendemain, ma matinée est consacrée à la visite express de Villahermosa, ville dont certains guides touristiques ne font pas grand cas. En vérité, c’est une ville ni laide, ni belle. Mais parce ce que ses rues frétille de cette atmosphère typiquement méridionale – en témoignent ses rues achalandées et ensoleillées –, la parcourir reste un plaisir. Surtout, la ville s'est brillament relevée des terribles inondations qui l'ont frappée en 2007.

 

Mais le temps est ainsi fait qu'il ne me laisse pas la possibilité de visiter plus que quelques rues du centre-ville pour partie piétonnier. L’avion du retour à Monterrey est en effet censé décoller à midi.

 

Et il décolle effectivement à midi. Les réacteurs grondent, l’avion roule, lève son nez et décolle. Sous le fuselage apparaît pour quelques minutes encore le monde vert végétal et bleu lagon du Tabasco. Suivent les eaux turquoise du Golfe du Mexique et l’ocre des terres arides du Nord mexicain.


L’avion atterrit, termine son roulage, ouvre ses portes ; j’hume enfin l’air du Tabasco. Moins de deux heures de vol ont suffi à rallier Villahermosa, capitale de l’Etat, depuis Monterrey.

Par Grég
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Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /Avr /2009 06:30

Mon expérience de l’apocalypse virale en temps réel.

 


 


Vendredi 24 avril 2009

 

« Je t'ai envoyé deux mails. Tu les as lus ? T'as vu ce qui passe ? ». J'entends pronconcer pour la première fois le terme de "grippe porcine". Désormais, je suis informé. C'était juste après avoir posé le pied à la bibliothèque, lieu où j'espérais trouver la sérénité nécessaire à la conclusion d’un travail de recherches. En lien et place de quiétude, j'y trouve donc mon ami Raph absorbé par la lecture d'emails et d'articles de presse tombés dans le courant des dernières heures. Tous concourrent au ton et au contenu les plus alarmistes. « Faut partir avant qu'ils ferment les frontières » conclut-il, avec ce laconisme qui cache les plus grandes angoisses.

 

Est-ce là le prodrome du cataclysme contre lequel l'OMS n'a cessé de mettre en garde les gouvernements depuis plusieurs années ? Je reste dubitatif. Il y a déjà eu le coup des oiseaux. Comme le dit le bon sens populaire : je ne veux pas qu'on m'y reprenne deux fois. Ce que je constate par contre, c’est que nos quelques minutes de conversation suffisent à plonger mon esprit dans un grand état d'excitation.

 

Conséquence, en termes de productivité académique, mon après-midi déçoit mes attentes.

 

Au soir, H1N1 ou pas, c’est soirée au programme. L'heure n'est pas encore venue d'imposer les soirées masquées. Non, le monde ne s'est pas écroulé : les Mexicains s'adonnent toujours aux mêmes libations le soir venu et le virus ne fait son apparition qu'à la télé. Au pire, nos photos de soirée iront illustrer ces dossiers spéciaux dont raffole Paris Match. Pour légende : « Ils profitaient pleinement de leur séjour à Monterrey. Ils ne savaient pas déjà atteints par le virus qui leur serait fatal. »

 

Samedi

 

Lendemain de soirée, je me traîne à l'hypermarché du coin. Chemin faisant, cette histoire virale continue de me divertir. Eh quoi ! Ce H1N1 n’a pas l’air extrêmement létal et les mesures de confinement devraient rapidement faire effet.

 

D’ailleurs, les Mexicains, à tout le moins ceux de Monterrey, semblent se sentir peu concernés : ils tournent en dérision le risque d'une crise sanitaire majeure de même que la gestion de la crise par les autorités. A juste titre.

 

Sans surprise donc, le campus du Tec de Monterrey ne désemplit pas de même que les bars et cinémas dans lesquels je me rends ce samedi soir.

 

Dimanche

 

Les premiers emails et messages alarmistes de la part de proches tombent. Il me faut l'admettre : je tire bassement quelque motif de fierté à me retrouver au cœur de l’actualité mondiale.

 

A bien regarder Google Maps à force de zooms, je me surprends à constater l’étendue des zones infectées : ce n’est rien de moins que l'ensemble du continent nord-américain, du Yucatan à la Nouvelle Ecosse et à la Colombie britannique. L'après-midi venue, je me rends à une réunion de groupe de travail où il est de bon ton de discuter H1N1 et plus encore, d’apporter de nouveaux éléments riches en frayeur. Toute cette histoire donne vraisemblablement un sens bienvenu à une existence jusque là monotone ; on parle déjà rapatriements. Lorsque sont évoqués les possibles développements de l'épidémie, la principale référence en la matière reste le film "28 jours plus tard".

 

Je préfère croire que la principale menace reste la psychose tant le virus la transmet efficacement par voie médiatique. Mais il nous reste au moins cette certitude : il n’est de parade contre la bêtise humaine. Moi-même en suis d'ailleurs déjà victime : compulsivement, je grappille les informations relatives à la progression de l'épidémie et à la nature du virus sur Google News. En vain : je dois admettre que dans les situations de crise, le travail des journalistes n'apporte pas toujours beaucoup de valeur ajoutée.

 

A mon retour chez moi, on m'apprend que le Tec sera fermé jusqu'au 6 mai. Le décret gouvernemental est tombé.

 

Lundi

 

Je me rends sur le campus. A mon soulagement, il demeure ouvert mais le vigile m'avertit que tous les bâtiments sont fermés. Posé à une table, en plein air, je reçois l'email d'un ami qui s'épanche de son trop plein émotionnel en exprimant, pour conclure, son ardent désir de repartir en France dès cette semaine.

 

Instinctivement, je tente de glaner quelques nouvelles infos sur Le Monde, Le Figaro, El Universal, Google News. Mais rien de bien nouveau. Ils semblent se copier les uns les autres.

 

En fin de matinée, je vois surgir au bout de l'allée un étudiant au visage caché derrière un masque bleu – le tout premier. Au bout des trois heures suivantes, un étudiant sur trois en porte un. Sentiment étrange que d’être servi dans les cafés / restaurants par des serveurs masqués. Je m'interroge : dois-je céder à cette nouvelle mode ?

 

L'après-midi, je rencontre Raph. Certains étudiants français ont reçu un email de leur Grande Ecole de commerce parisienne : si l'OMS place l'alerte au niveau 4, ils seront rapatriés. Or le niveau 4 a été atteint il y a une heure. On les contacte : certains partent déjà d'eux-mêmes. C'est la débandade.

 

Je retourne au campus. La vue de chaque masque m’est instinctivement désagréable. Même les automobilistes en portent.

 

Sur Google Maps, je découvre que les pictogrammes signalant les cas de H1N1 suspectés et avérés s'étendent en Amérique ainsi qu'en Europe. Il y a certains article plus alarmants : le virus n'a mystérieusement toujours pas été détecté chez nos amis les cochons. D'aucuns clament qu'il ne s'agit pas d'une grippe porcine.

 

Et puis voilà : n'est-il pas bizzare que les cas ne soient détectés qu'en Amérique du Nord et en Europe ? Là même où les moyens de détection sont efficaces ? Quid du reste du monde ?

 

Reste surtout le risque d'une mutation du virus.

 

Il est bientôt 20 heures. Le ciel s'est couvert et le vent souffle. Le courant vient d'être coupé sur le campus et par conséquent, le réseau Wifi.

 

Je rentre. J'ai rendez-vous avec des amis, histoire de parler H1N1 naturellement.

 

Demain sera décisif : si l'OMS passe en niveau 5, les frontières commenceront à se fermer et pour nous autres, Européens, il sera l'heure de nous rapprocher de nos ambassades. S'il n'en est rien, il sera peut-être annoncée une stabilisation de la situation.

 

Je penche pour la seconde hypothèse.

 

Mardi

 

A mon réveil, le monde tient encore debout – quoique le nombre de pays touchés ait encore augmenté. On en est à quatre continents.

 

Sur le campus, les employés sont désormais bien plus nombreux que les étudiants, mais bien moins nombreux que les cervidés et autres bêtes à plumes qui y vivent en semi-liberté. Au Subway d'à côté, je ne trouve qu'un client et deux employés, tous masqués. Les devantures des pharmacies informent qu'il n'y a plus ni masque, ni gel antibactérien. Je continuerai de me promener le visage dénudé. Signe ostensible d’inconscience.

 

Cette morne journée, je tente de la mettre à profit pour achever mon travail de recherches. Mais les perspectives qu'ouvre la finance comportementale aux chercheurs et aux financiers m'inspirent moyennement. Je préfère tenter d’obtenir de nouvelles informations sur le web.

 

J’y trouve David Pujadas. Il fait preuve d'un sang-froid que je ne lui connaissais pas. Ses JT de septembre et d'octobre, ouvrant sur la chute libre des index boursiers et clôturant sur l’annonce du renvoie de l’humanité à l’âge de pierre, ont du lui valoir quelques critiques. Son sens de la dramaturgie ne m’en manque pas moins. Mais je ne perds pas tout : son collègue, celui qui se tape le plateau à chaque fois que l'opinion publique frisonne sur une question de santé, m'apprend que seuls les masques en forme de bec de canard sont efficaces.

 

Pas d’annonce de niveau 5, pas d’annonce de réelle stabilisation : sur le front de l'Ouest, rien de nouveau donc.

 

En tout et pour tout, un seul événement notable à signaler. Je quitte le campus déserté en passant par des allées détournées, certains accès ayant été fermés plus tôt que d’ordinaire. De je ne sais où, jaillissent deux canards blancs dont l'un précipite bientôt son bec sur mon pied dénudé. Ma danse des canards improvisée n'y faisant rien, je lui envoie par trois fois mon sac à dos en pleine tête. Mais la haine qu’il me porte l’emporte de loin sur son étourdissement : il en redemande. Heureusement, ça court moins vite que je ne le pensais. A voir la réaction du gardien à qui je narre ma mésaventure, je comprends que ces agressions ne sont pas rares. J’en conclus que le H1N1 ne s'accompagne pas de la rage, que la nature ne conspire pas toute entière à l’anéantissement de l’humanité.

 

Et de disparaître bientôt dans les rues de la ville fantôme.

Mercredi


Etudiant mexicain au Tec de Monterrey avec paon en arrière-plan.

Peu de voitures, de nombreux visages masqués : chaque nouvelle journée vient souligner davantage la singularité de la situation.

 Sur le campus, je me retrouve encore une fois coursé par les deux canards de la vieille.

 Passé cette altercation inter-espèces, j’ouvre deux fenêtres Windows, l'une ouverte sur le monde via Internet, l'autre sur mon mémoire de recherches.

Entre-temps, je photographie l'un des rares étudiants mexicains présents sur le campus. J'envoie la photo à un journal régional français, histoire de la joindre à mon témoignage publié dans l'édition de demain.

Les réseaux sociaux sont la nouvelle Pierre de Rosette du chercheur en sciences sociales tant s’y déclinent tous les types de réactions dans un contexte de crise. Il y a les prévoyants, tel cet ami qui, à Montréal, achète et stocke des conserves de thon. Comportement excessif ? « Vous n'êtes pas le seul », lui a répondu la caissière. Il y a ceux qui forwardent les emails y allant de leurs audacieuses théories : la relance de l'économie et des profits des groupes pharmaceutiques par la dissémination d'un nouveau virus. Il y a ceux qui temporisent mais s’assurent du confort des autres, tels ces Mexicains soucieux du bien-être des étrangers. Il y a ceux qui optent pour la solution radicale, tels ces étudiants qui embarqueront dans le courant de ces prochains jours sur un vol Air France.

Et la nouvelle attendue depuis 48 heures est tombée en fin d'après-midi lorsque de passage chez un ami : l'alerte passe en niveau 5.

Mais l'Europe s'est déjà endormie. Dans l'immédiat, je ne saurai donc rien des possibles conséquences de cette décision.

Aujourd'hui, la palme de l'information insolite revient à cette dépêche tombée dans les dernières heures de la journée : un des malades décédés viendrait du Bangladesh ; sa famille lui aurait rendu visite quelques jours plus tôt. L'Asie comme premier foyer d'infection ? Un vrai Cluedo.

N'en reste pas moins que l'hypothèse du départ contraint ne m'apparaît toujours pas d'actualité.

Le soleil décline ; une soirée m’attend. Pour conclusion, je ne peux qu'une fois encore paraphraser Erich Maria Remarque : « A l’Ouest, définitivement rien de nouveau ». 
 

Jeudi

 

Lire la presse nourrit le sentiment que rares sont ceux à même d'appréhender la situation. La foi en un monde numérique instantanément et précisément informé de toute chose aura été l’une des premières victimes de la première pandémie du 21e siècle.

En début de journée, je prends connaissance du récit de mes aventures publié dans un quotidien régional français. Au vrai, la photo me rebute un peu… J’ai plus l’air du Zorg du Cinquième élément que de moi-même.

En fin de journée, j'apprends qu’il m’est ordonné de renter en France : la Conférence des Grandes Ecoles demande à l'ensemble des étudiants et du personnel des établissements sous sa tutelle de quitter le pays dans les plus brefs délais. De cette décision, je n'en dirai seulement qu'elle m’apparaît prématurée. C’est une opinion partagée. Somme toute, un seul cas a été diagnostiqué à Monterrey, là même où le ralentissement de l'activité économique a probablement réduit le risque de dissémination. De plus, la situation à l’échelle du pays ne semble pas s’aggraver, quoiqu'il me soit difficile d'accorder du crédit aux communiqués émis par les autorités mexicaines. A mes yeux, les principaux risques restent ceux représentés par les possibles mutations du virus et les probables prochaines vagues d’épidémie qui pourraient survenir dans plusieurs semaines ou plusieurs mois.

 Au soir m'attend une petite soirée d'adieu. Mon ami Raph a fait le choix de rentrer, avec l'espoir de revenir au Mexique sitôt que la situation le permettra. Ce même soir, une étudiante mexicaine fait état de la rumeur selon laquelle le Tec ne rouvrirait que le 12 mai et non le 6 mai. J’apprends également que le port de masque est désormais de rigueur sur les vols au départ du Mexique – sympa l’ambiance à bord ! N’en reste pas moins qu'embarquer à bord d’un avion m’apparaît plus risqué que de rester à Monterrey : près de 78 % des passagers d’un vol de plus de quatre heures contractent le virus d’une maladie respiratoire.

 Tenaillé par l’incertitude, seul le lyrisme m’est encore réconfortant. Accessoirement, il m’est surtout d’un grand secours pour achever dignement ce billet. Comme le disait donc le poète du Grand Siècle, « [A Monterrey], je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie »


  Vendredi

 Début de journée tout en musique : des « missionnaires » aguerris aux nouvelles technique de persuasion enchaînent allers et retours dans ma rue. Pour diffuser plus efficacement « las palabras del Señor », les haut-parleurs crachant cantiques et choeurs d'enfants se sont substitués à l’épée et à la bible d’antan. Ces façons de faire n'étonneront pas quiconque connaît la société mexicaine et son degré de religiosité. Nos missionnaires ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir foi en l’efficacité du décibel. Les militants des candidats au poste de gouverneur pour les élections de 2010 ainsi qu’un certain nombre de vendeurs ambulants tintamarrent eux aussi ainsi et assez souvent leur bonne parole.

 Plus important, il y a du nouveau sur le front de l'Ouest : les autorités évoquent des signes de stabilisation – le nombre de cas n'augmente plus au Mexique. Sauf erreur de ma part, aucun nouveau cas n’a ainsi été signalé à Monterrey depuis la fin de la semaine dernière.

 Dans le reste de l'hémisphère Nord, il est probable que l'épidémie s'éteindra d'elle même, au moins temporairement, avec l'arrivée de l'été.

 Mais pour cette journée, mon suivi de l'actualité est moins soutenu que d'ordinaire. Première raison à cela : j'ai consacré la majeure partie de ma journée à des travaux de groupes. Et puis, sans honteusement dédaigner le jeu de mot facile, je dois dire que j’ai pris le mot grippe en grippe : j'ai renoncé aux fastidieuses recherche d'informations nouvelles.

 La lutte n'en continue pas moins. No pasaran !


 Samedi


 Il faut bien me rende à l'évidence : l'idée de se rendre à La Valle Oriente – l'un des principaux centres commerciaux de Monterrey – n'était pas des meilleures. Seuls quelques rares commerces ont remonté leur volet métallique sur la centaine que doivent compter les galeries du centre. Les chalands ne s'y bousculent pas. Seul le Wall-Mart voisin ne désemplit pas, un hypermarché où le port du masque est de rigueur pour les employés, de bon ton pour un grand nombre de clients.

Au soir, il est presque aussi difficile de trouver un bar ouvert : une bonne moitié d'entre eux est fermée. Monterrey vit à l'heure de la mobilisation générale. Néanmoins, les bars, cafés et restaurants ayant ouvert leurs portes ne sont pas désertés pour autant. Depuis quelques jours, parce que probablement las du climat de peur, les gens semblent renouer avec leur train de vie habituel.

Autre signe encourageant : selon un ami, un grand nombre de Mexicains ont profité de ce long week-end de 1er mai pour migrer vers les stations balnéaires des côtes méridionales. Quant à moi, même la vue des masques ne m’est plus totalement désagréable.

Comme se plaisent à l'annoncer les autorités mexicaines, il est vrai que l'heure semble être à la régression de la maladie. Les nouvelles alarmantes n'émanent plus tant du Mexique que d'Europe. Je ne songe pas tant aux cas de patients europeéns atteints de grippe et rapidement guéris qu’aux cas de psychoses collectives. Lire que des bagagistes français ont refusé de traiter les bagages en provenance du Mexique ou d'Espagne force la dérision. C'est encore les Français de l'étranger qui pâtiront des répercussions de telles facéties !

 Hombre ! La victoire sur la vermine microbiologique ne tient qu'à quelques jours de patience et d'efforts !

Dimanche

 

 Monterrey apparaît plus désertée que jamais. Le responsable n'en est pas tant le H1N1 que ce long week-end qui a permis à tous ceux qui ont bravé le virus de s'offrir une escapade.

 

De par le monde, les "Unités de bruit médiatique" (terminologie officielle) générées par le mot "Grippe" diminuent.

 La première bataille contre le H1N1 semble remportée.

 

Lundi

 « Circulez ! Il n’y avait rien à voir ! ». De nouveau, les médias s’en vont couvrir la grogne estudiantine, les statistiques socioéconomiques de mauvais augure et autres éléments qui composent la toile de fond d’un monde en récession.

 Aussi mon expérience de l’apocalypse virale s’arrête-elle là. Qu’on me pardonne le recours aux épigrammes et en premier lieu, la référence à l’apocalypse. A voir certains médias lâcher ainsi la bride au sensationnalisme, j'étais tenté de couvrir l’événement dont j’ai été le modeste témoin sous un angle anticonformiste.

 Les autorités mexicaines et américaines confirment donc le reflux de l’épidémie. L’OMS s’empresse de préciser que ses niveaux d’alerte ont trait à la progression d’une épidémie, non au pouvoir létal du virus.

 Un étudiant rentré prématurément du Mexique put s’entendre dire à son arrivée à l’aéroport : « Finalement, ce n’était peut-être pas si grave ». Le voyage a bien dû durer quinze heures.

 A Monterrey, les visages masqués se font beaucoup plus rares. Du reste aujourd’hui même, le gouvernement a annoncé la réouverture progressive des administrations publiques. Les universités rouvriront pour leur part le 7 mai.

Dans une semaine ou deux, le H1N1 ne sera plus qu’un souvenir. Je poursuivrai donc mon séjour d’études jusqu’à son terme, en août, désireux en cela de préparer au mieux mon avenir. Epilogue heureux.

 Si je peux, je m’offrirai une ou deux escapades, histoire de mieux comprendre un pays et une culture dont il me reste pour ainsi dire tout à apprendre et à vivre. Pour l’Européen qui sait passer outre les clichés, le Mexique apparaît probablement comme l’un des pays les plus étrange qu’il puisse être.

 Mexico DF et le Sud du Mexique sont mes priorités, là même où s’épanouirent les civilisations précolombiennes dont les survivances culturelles hantent l’âme du Mexique contemporain.

J'espère avoir satisfait les lecteurs nivernais qui ont tenu à suivre mes modestes mésaventures.


Jeudi 7 mai

La vie a repris ses droits à Monterrey. C’est le cœur tout léger, quoique sous l’habituel soleil de plomb, que je me suis rendu sur un campus dont les étudiants ont repris pleine possession aujourd’hui même. Mais les séquelles de l’épidémie demeurent visibles à peine franchie l’enceinte.

En guise de comité d’accueil vous attendent une demi-douzaine d’employées en blouse blanche. De leur pupitre, elles s’affairent à interroger les étudiants sur leurs antécédents médicaux des derniers jours. Déclarez que vous n’avez eu ni fièvre, ni tout autre symptôme à même de faire ciller votre interrogatrice et vous vous verrez délivrer un bracelet  le revers noir contre la peau, l’envers banc tourné vers l’extérieur.

Trois mètres plus loin, un vigile vous invite chaudement à asperger vos mains de gel antibactérien. Puis, je m retrouve à arborer ma nouvelle patte blanche en tout lieu. Certains étudiants se vont vus apposer le revers noir du bracelet. Sa signification me semble aller de soi : un rhume et vous voilà ostracisé de la communauté étudiante. La discrimination est inhérente à toute société.

Le campus n’en connaît pas moins l’affluence des grands jours. Mais cela ne devrait pas durer : la plupart des étudiants mexicains seront libérés de leurs obligations académiques d’ici deux à trois semaines, quoique les négociations portant sur le rattrapage des cours et des examens soient âpres. Dans une université autre que le Tec, les étudiants auront examen et samedi et dimanche. Appliquée en France, une telle mesure vaudrait bien cinq ou six mois de blocages des facs.

Dernière surprise : découvrir les claviers des ordinateurs communs enrobés de cellophane. Cela ne m’empêche pas moins de ponctuer ce dernier billet.  Il m faut travailler et accessoirement, préparer mon prochain voyage dans la région du Tabasco.

 

Par Grég
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Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /Avr /2009 00:03

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«  Spring Break ». Par ses seuls effets, la lecture de ces deux mots distingue l’étudiant européen de l’étudiant nord-américain. Pour le premier, ils lui évoquent au mieux le concept de vacances au soleil ; pour le second, c’est davantage que la promesse d’une ou deux semaines de congés bienvenus à l’approche des derniers examens de l’année universitaire : c’est une véritable institution. A l’occasion de ces vacances, étudiants canadiens, américains et mexicains s’envolent vers le Sud, atterrissant au plus près des plages mexicaines, notamment celles du Yucatan où ils iront se lover dans l’atmosphère avinée des stations balnéaires.

 

Endossant la vie d’étudiant mexicain le temps d’un semestre, un ami et moi nous devions de faire honneur à cette coutume. Mais à la côte caraïbe, nous avons préféré celle de la Basse Californie, dans l’Ouest mexicain.

 

L’Ouest. Ce mot a lui aussi un tout autre sens en Amérique du Nord. Sur ce continent, évoquer l’Ouest, c’est évoquer, en bout de compte, la promesse du Pacifique.

 

Le mois d’avril est arrivé. Sacs préparés, nous avons pris la route de l’Ouest, conduits par un étudiant mexicain, Humberto, qui avait pour mission de livrer une voiture de location à Mazatlán, grande station balnéaire de la côte pacifique. Samedi matin, 5 heures : notre voyage débute.

 

1er jour – 04 avril 2009

 

Un arrêt au Pemex du coin – monopole d’Etat oblige, Pemex et station-service sont synonymes – et nous prenons véritablement la route. Monterrey dort encore : il y a peu de voitures sur les grands boulevards puis sur l’autoroute qui file vers l’ouest, entre deux chaînes de montagnes. Dans les rétroviseurs apparaissent les premières lueurs de l’aube. Bientôt le soleil dévoile l’aride beauté du Nord mexicain : des buissons parsèment de vastes étendues désertiques. De lointaines montagnes ferment l’horizon. Les cactus se joignent bientôt à eux. Il n’y a aucun village, tout au plus quelques cabanes dont certains occupants errent sur les rares aires d’autoroute. Au risque de se trahir, Humberto chante et danse allègrement : seuls ses tympans semblent d’un habitacle transformé en caisse de résonnance. Passé Durango, capitale de l’Etat du même nom, nous traversons des terres autrement plus fertiles. Mais c’est surtout le rouge écarlate de la terre et de la roche qui confère aux paysages une beauté unique. Le vermeil domine jusqu’aux contreforts de la Sierra Tarahumara. Là, nous entamons l’ascension de la grande chaîne de montagnes qui séparent le Nord-Est du Mexique du Pacifique. Roche blanche, forêts de pins : ces paysages me rappellent ceux des Alpes Dinariques, en Croatie, où je me trouvais quelques mois plus tôt. A ceci près qu’ici vivent des indiens, les Tarahumaras. De nombreux équidés et bovins peuplent ces espaces immenses, vraisemblablement affranchis de toute tutelle humaine.

 

Nous filons sur la petite route de montagne jusqu’à ce que la faim nous contraigne à nous arrêter. Authentique mexicain peu au fait de la fragile constitution de l’estomac européen, Humberto nous arrête dans une petite maison de bois, gargote aux faux airs de la « Petite maison dans la Prairie ». La famille nous accueille dans la salle à manger faisant accessoirement office de restaurant. La viande BBQ du menu s’avère être de la viande bouillie macérant dans la marmite du poêle à charbon posé au fond de la salle. En bons Français suspectant le danger derrière tout ce qui ne pourrait être homologué CE, nous nous abaissons à ne pas faire honneur au plat et nous contentons d’engloutir deux bouchées de cette viande, préférant nous amuser avec les petites voitures disposées sous la table. Humberto ne nous comprend pas. Une fois qu’il a englouti son repas, nous reprenons la route. Les paysages deviennent plus spectaculaires : la route longe durant plus d’une heure une imposante chaîne de montagne, entre ravins et sommets parsemés de pins. Puis apparaissent la plaine côtière, les premiers faubourgs de Mazatlán et Mazatlán elle-même. L’océan ne doit plus être très loin. A la recherche d’un lieu où dormir, nous parcourons les rues étroites d’un centre-ville qui a préservé son cachet 19e siècle. Et au détour d’une de ses rues apparaissent les eaux miroitantes du plus grand des océans. Je vois le Pacifique et ne me lasse pas de le regarder lorsque nous longeons le front de mer, jusqu’à ce que nous trouvions un hôtel bon marché. Valises posées, nous traversons la digue ; nous posons dans une buvette de plage. Nous y poursuivons nos expérimentations consacrées aux étranges mets mexicains : pour ma part, j’avale un cocktail aux crevettes. Non, je ne me lasse toujours pas de contempler l’océan. Le Pacifique de Mazatlán m’évoque le souvenir de l’Atlantique tel qu’il se présente sur la côte aquitaine. Nous admirons le coucher du soleil puis la sieste nous appelle. S’ensuivra la récupération à la gare routière locale des colocs d’Humberto – la raison même de sa venue à Mazatlán était de leur amener la voiture.

 

2e jour – 05 avril 2009

 

Nous nous réveillons en baignant dans une odeur atroce, résultat probable de la viande ingurgitée dans la Sierra Tarahamura. Malgré cela et en dépit d’âpres négociations quant au coût du voyage de la veille, nous parvenons à quitter notre ami Humbi en de bons termes.

 

De la gare routière de Mazatlán Raphaël et moi prenons le bus devant nous conduire à Los Mochis, ville située 200 / 300 km plus au Nord, sur la côte, d’où partent les ferries à destination de la Basse Californie. Des paysages arides mâtinés de forêts de cactus agrémentent notre voyage, de même que quelques films américains : trop soucieuse du confort des passagers, les compagnies de cars mexicaines ont pour coutume de diffuser en boucle des films – le volume sonore importe peu.

 

Arrive Los Mochis, ville dont les guides touristiques ne font pas grand cas. A raison : les rues sales du centre-ville sont peuplées de Mexicains qui ne manquent jamais de vous toiser, tel ce mec habillé bling-bling qui nous demande – nous ordonne ? – de l’aider à retourner en Arizona. Mais nous sommes chanceux : l’arrêt du bus menant au port est tout près et nous laissons notre nouvel ami à ses projets de voyages. Le vieux bus aux vitres teintées nous invite à découvrir la culture locale : des Mexicains y montent et descendent du véhicule à leur gré, au rythme d’une musique latino. La vitesse – 20 km/h en moyenne – vous laisse tout le temps de savourer cette atmosphère typiquement locale, quoique les Mexicains semblent plus soucieux de leurs préoccupations quotidiennes que désireux de nous manifester de l’intérêt, nous autres avec notre tête de gringo.

 

Après trois quart d’heures de bus, nous parvenons à Topolobampo où se trouve le port. Le terminal passager est rempli de familles mexicaines et dans une moindre mesure, d’étudiants occidentaux pressés de profiter de leur semaine de vacances dans la péninsule californienne. Après trois heures d’attentes et le chargement des voitures et des semi-remorques – énergiquement mené – dans le ferry tout juste arrivé, nous montons à bord. N’ayant jamais eu la chance de naviguer en mer, Raphaël découvre émerveillé l’intérieur du navire et ses lieux de détentes : restaurants, cafés, discothèques. Six heures de traversée nécessitent d’occuper le passager. Avec une heure de retard, le ferry largue les amarres et s’éloigne lentement de la côte occidentale du Mexique. Nous n’aurons guère l’occasion de profiter des services à bord, des restaurants ou des discothèques où les buveurs de bières attendent des clubbers qui ne viendront jamais : Morphée a tôt fait d’engoncer les passagers dans les sièges des salons ou dans le lit de leur cabine pour les plus fortunés d’entre eux. Au milieu de la nuit, Raph et moi allons prendre l’air sur le pont. Le navire tangue sur la mer noire. Nous levons les yeux vers le firmament. Y erre une étoile particulière : elle semble plus lumineuse, plus scintillante et surtout elle paraît osciller à grande vitesse dans le ciel. L’arrivée d’une Mexicaine sur le pont met un terme à nos conjectures quant la nature de l’objet. Nous retournons en cabine sans avoir la certitude d’avoir été témoin d’une forme de vie extraterrestre.

 

3e jour – 06 avril 2009

 

Quelques heures plus tard, les horloges biologiques et les premières lueurs de l’aube poussent la plupart des passagers sur le pont. Rarement j’ai vu aussi beau spectacle : le ciel semblait s’embraser. Quelques dizaines de minutes plus tard, on débarque, on se fait contrôler par une douane inattendue, on embarque avec un chauffeur de taxi doué d’un incontestable sens des affaires : 8 passagers pour 6 places, c’est plus de profit. A demi assis sur un siège, j’observe les paysages faits de montagnes rocailleuses, de cactus et de mer aux eaux turquoises. Le taxi nous mène à notre hôtel : la Pansion California. Plutôt qu’un hôtel, il s’agit d’une auberge disposée autour d’un patio où sont déposées des plantes en tout genre et le bric-à-brac d’une déco d’où émane le parfum suavement suranné de la Beat Generation.

 

Dans le taxi, nous avons fait connaissance avec un couple de jeunes Français visiblement gangrené par les tensions résultant d’une promiscuité prolongée. Ils séjournent eux aussi à la Pansion Califonia et c’est tous ensemble que nous allons déjeuner dans l’un des restaurants recommandé par le guide du routard. On se retrouve dans un restaurant baigné par la lumière matinale, arborant lui aussi fièrement un décor et un mobilier transformés en reliques des heydays, ceux des années 50 et 60.

 

Nous rentrons à l’hôtel où un ouvrier travaille à la conception d’une nouvelle chambre tout en fredonnant quelque chant de son pays.

 

Mais nous ne pouvons résister plus longtemps à l’impérieux à l’impérieux appel de la mer. Après avoir dégluti un calorique hamburger de chez Burger King, nous prenons place à bord du bus desservant toutes les plages de La Paz. A lire le guide, nous avons cru comprendre qu’il s’en trouvait une qui se valait, à à peine quelques kilomètres de la ville. Quelques minutes après quitté La Paz, le chauffeur nous annonce que nous sommes arrivés, nous, les deux seuls vacanciers à quitter le bus au milieu de nulle part. La mer se trouve à cent mètres à notre gauche mais des ensembles résidentiels et des hôtels en construction nous contraignent à prendre des chemins détournés. Nous parvenons à un bout de plage où seules résident quelques familles mexicaines. La plage est petite, la mer sableuse. Après un ou deux plongeons, nous replongeons la route avec l’espoir de trouver la plage signalée dans le guide quelques dizaines de mètres plus au Sud. Nous trouvons bien une autre plage, séparée de la précédente par un promontoire rocheux. S’y trouvent un ou deux bars, correspondant vraisemblablement aux « nombreux bars et restaurants » signalés dans le guide. Nous y passerons notre première après-midi marine.

 

17 heures 30 : le bus ne devrait pas tarder à repasser. Nous attentons quelques minutes au bord d’une route où nombreux sont les camions chargés d’ouvriers regagnant La Paz. L’évidence s’impose : il nous faut faire du stop – ce sera une grande première pour nous deux. Passé un certain nombre d’échecs, une camionnette s’arrête et nous emmène à La Paz. Comme tout Mexicain, le chauffeur nous interroge : sur notre pays d’origine, sur nos impressions quant au Mexique, sur nos impressions quant à La Paz, sur notre programme de ce soir.

 

Il nous dépose non loin de la digue de mer. De là, nous assistons au célèbre coucher de soleil sur la baie de La Paz. En cette fin de journée, nombreux sont les Mexicains et les vieux touristes américains à arpenter le bord de mer. Un artiste s’adonne à la sculpture de sable.

 

Poser sur un banc, au son du ressac, nous voyons disparaître le soleil avec un faste qui égale presque celui qui avait accompagné son lever ce matin même.

 

Après un passage dans un troquet, nous rentrons à l’hôtel où nous trouvons dans l’allée un cafard écrasé qui se fait oiseau de mauvais augure.

 

Il me faut signaler aux lecteurs européens que la « blatte américaine » diffère de sa cousine européenne par un caractère physiologique de taille : sa taille. Aussi la blatte adulte peut-elle mesurer jusqu’à quatre centimètre ; aussi a-t-elle de quoi effrayer le citadin européen.

 

Néanmoins, cette nuit-là, notre sommeil n’a été que malmené par une cliente agonisant une ou deux chambres plus loin : possiblement tuberculeuse, elle n’en finissait pas de tousser tout ce qui pouvait l’être.

 

 

4e jour – 07 avril 2009

 

Nous avons prévu de dédier cette journée aux plaisirs de la plage. Aussi nous précipitons-nous d’avaler notre petit-déjeuner dans un des bistrots du bord de mer. Efforts vains : à la gare routière, Raphaël se rend compte qu’il a oublié son serviette.

 

Nous investirons le temps nous séparant du prochain départ du bas, à midi, dans cet autre plaisir qu’est le shopping.

 

Sur les montres des habitants de La Paz, la grande aiguille s’aligne sur la petite. Dès lors, nous nous précipitons de monter à bord du bus desservant toutes les plages. La région de La Paz est des plus arides : à l’est de la route, entre les crêtes montagneuses s’intercalent de vastes champs de cactus, à l’ouest resplendit la surface miroitée de la mer. Un noir américain s’intéresse à mon téléphone, nous fait part de son intérêt pour les produits hi-tech, de son amour pour San Diego avant de nous conseiller de l’accompagner à l’avant-dernière plage desservie par le bus. Mais nous nous tenons à la destination que nous nous étions fixés : la dernière plage, celle de Tecolote, à 23 km de La Paz. Le bus nous débarque pour ainsi dire dans ce qu’on apparenterait à un désert si on oubliait qu’à une centaine de mètres, à l’ouest, se trouvaient la mer et ses bars de plages.

 

Nous nous posons sur des transats. La plage est immense, longue de plusieurs kilomètres ; ses eaux limpides. Face à nous se dresse l’île de l’Esprit Saint, distante de plusieurs dizaines de kilomètres. L’île est inhabitée mais régulièrement visitée par les bateaux à touristes, désireux de s’adonner à la plongée là où vivent de nombreuses otaries. Aux ouï-dire des deux Français rencontrés la veille, il n’est pas rare que ces dernières prennent plaisir à malmener gentiment les hommes-grenouilles.

 

Une nouvelle grande première est inscrite à notre programme du jour : du scooter des mers. La mer qui apparaît si paisible depuis la plage vous apparaît tout autrement lorsque vous vous retrouvez à chevaucher un puissant moteur. A filer à plusieurs dizaine de kilomètres heures, chaque vague se doit d’être négociée : soit elle vous offrira le plaisir de vous faire tressauter, soit la frayeur de vous voir chavirer. Mais pour nous, ce ne fut que du bonheur, à l’exception peut-être du moment où à l’une des deux extrémités de la plage une houle inattendue nous a contraints à faire demi-tour.

 

A notre retour de La Paz, nous savourons la « Pacifico », la bière du coin, sur la digue de mer.

 

Mais la sérénité de la soirée n’annonce en rien celle de la nuit. A peine y a-t-il posé le pied que Raphaël quitte-t-il, dans un état de panique aigue, la salle de bain de la chambre de l’auberge : un cafard en a pris possession.

Il existe des situations où, parce vous vous savez le dernier recours de vos compagnons d’infortune, vous vous sentez l’honorable devoir de vous surpasser. L’existence de la blatte prit donc fin sous le goulot d’une bouteille en plastique, sous mes coups répétés. Quoique j’aie tout fait pour achever au plus vite ses souffrances et quoiqu’à l’évidence elle a pour ainsi dire été décapitée, la bête semble encore animer de quelque force. Etrange créature : ne dit-on qu’elle est de ceux qui résisteraient à une nouvelle extinction massive des espèces ?

 

Si la blatte est morte ce soir, ma nuit n’en a pas été pour autant de tout repos tant mes épaules et mes pieds rougis par le soleil étaient douloureux.

 

4e jour – 08 avril 2009

 

L’heure des au revoirs à La Paz est venue : nous prenons la direction de Cabo San Lucas, à l’extrême sud de la péninsule californienne. Nous nous levons tôt. Prévoyons de prendre un bus qui ne viendra pas. Prenons un bus « Classe affaires » pour quelques euros supplémentaires – qu’il est bon d’être Européen hors Europe – et voyageons trois heures durant.

 

Des montagnes, des forêts de cactus, très peu d’habitations : la Basse Californie a la beauté épurée des pays arides. La mer refait son apparition à la fin de notre voyage, la mer ou plutôt l’océan comme tend à le prouver la force des vagues. On ne surprend pas à voir aucun baigneur.

 

Cabo San Lucas n’a rien du charme suranné de La Paz – c’est même pour ainsi dire son antithèse. Tout est fait pour le confort du touriste américain. La marina – où le nombre de pavillons américains dépassent les pavillons mexicains –, les centres commerciaux, les enseignes nord-américaines, les night clubs, l’ambassade, l’hôpital américain : tout est pensé pour le Gringo. Si les troupes de l’Union l’avaient su, elles auraient probablement demandé, outre l’annexion du Nouveau Mexique, de l’Arizona et de la Californie, celle de la Basse Californie à la fin de la guerre américano-mexicaine des années 1840.

Néanmoins, pour peu qu’on s’éloigne de quelques rues du centre-ville, réapparaît la ville mexicaine où la nécessité de construire au plus vite l’a emporté sur toute considération esthétique.

 

Nos attentes placées dans la principale attraction touristique de Cabo San Lucas ne nous déçoivent pas pour autant. De la marina une foule de cabotiers vous emmènent sur la célèbre plage de l’amour. Le trajet se vaut à lui seul : des dizaines de petites embarcations chargées de touristes, de voiliers, de scooters des mers serrent la falaise, parfois à quelques mètres à peine des têtes des baigneurs. Il est vrai que l’endroit est magnifique : une presqu’île rocheuse flanquée à l’est de la paisible mer de Cortès, à l’ouest du tumultueux océan pacifique A l’extrémité de cette presqu’île, entre deux hauts promontoires rocheux s’étend une petite plage où s’entassent un grand nombre de vacanciers. Le tout est encore d’y arriver. Puisqu’il n’existe aucun débarcadère, il nous faut y accéder à la dure : en sautant du bateau avec l’espoir de ne pas perdre l’équilibre à la réception. Espoir déchu : je me retrouve le cul dans l’eau mais rapidement aidé par les touristes aidant les nouveaux venus. Mais je tiens à me relever seul.

 

Je l’affirme : cette plage est l’une des plus belles aux mondes. Imaginez une étendue sableuse de quelques centaines de mètres carrés. Au Nord et au Sud : deux énormes massifs rocheux ; à l’est : la mer de Cortès où nombreux sont ceux à baigner et à profiter de ses fonds riches d’une faune abondante ; à l’ouest, l’océan pacifique où rares sont ceux à défier les vague de deux mètres.

 

Nous passons notre après-midi entre une mer et un océan. Entre-temps, nous adonnons aussi à l’escalade de quelques rochers. Par dessus ce bout du monde brille un soleil de plomb qui pousse les vacanciers à rechercher l’ombre des falaises.

 

A la fin de l’après-midi, nous avons l’occasion de vérifier une autre des facettes de la réputation de la Playa del Amor, résumée ainsi par le guide routard : « On y arrive à deux, on en repart à trois ». L’anecdote mériterait d’être contée.

 

Mais l’heure tourne et il nous faut rentrer à bon port. Là, à Cabo San Lucas, passé la marine et la terrasse du Starbucks et leurs familles américaines nous nous reposons.

 

La nuit tombe…

(SUITE PUBLIEE PROCHAINEMENT)

Le 8/4/9 a 8 heures : Grégquitte La Paz, prend la route pour Cabo San Lucas http://maps.google.fr/maps?f=q&source=s_q&hl=es&geocode=&q=cabo+san+lucas&sll=47.15984,2.988281&sspn=18.383014,33.75&ie=UTF8&ll=23.596711,-109.901733&spn=1.547858,2.109375&z=9

Par Grég - Communauté : images du monde
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Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /Avr /2009 00:00


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Samedi, début d’après-midi. Je m'apprête enfin à quitter Monterrey. Trois semaines que j'y suis sans voir vu autre chose de ma nouvelle terre d'accueil que les petites rues grillagées de Monterrey Sud, ses campus à l’américaine, ses centres commerciaux et ses grands axes surchargés de voitures.

 

 

 

 

Voilà qu'un ami du coin, Fello, me propose de découvrir la région Sud de Monterrey. Montés à  bord de sa jeep, on démarre, on prend la route nationale encombrée des Mexicains migrant vers les centres commerciaux de la périphérie ou vers des horizons autrement plus verdoyants. Monterrey, c'est de la ville insérée là où la montagne tout en hauteur l'a permis et la montagne continue de nous accompagner tout au long du chemin, de part et d'autre de l'autoroute parsemée de petits commerces et restaurants.

 

 

 Les montagnes, elles sont verdoyantes, massives. On dirait de la soie vue de l'habitacle de la voiture. Ca me rappelle donc focément un peu les paysages de Jurassic Park, l'île où sont parqués les dinosaures. Si, si. Mais Fello, mon compagnon de route, me déclare que le sud de Monterrey est particulier en cela qu'il contraste avec le reste de la région : partout ailleurs, c'est l'aridité du désert qui prédomine.

 

 

 Nous quittons l'autoroute, nous nous engageons sur une route où les rencontres avec les gros pick up américains chéris des Mexicains sont difficiles à négocier. Une fois quittée l'autoroute, la misère apparaît également autrement que dans les quartiers de Monterrey qui me sont connus ; des adolescents mendient à même la route.

 

 

 Première étape de notre petite échappée : le parc de la cascade de la Cola de Caballo. Passé un chemin forestier parcouru par de nombreuses familles mexicaines – au Mexique, il n'y a pas d'individus, il n'y a que des familles – on arrive au pied d'une cascade d'une quarantaine de mètres. L'endroit est sympa. Montagneux et boisé comme il l'est et avec ses eaux vives, il me rappelle certains parcs nationaux croates. Le temps de découvrir, entre autres, un spécimen d'insecte local assez extraordinaire aux yeux d'un Européen et nous reprenons la route. Tout en roulant et en discutant en anglais ou dans  mon espagnol embryonnaire, j'admire les paysages. J'imagine combien ce Nouveau Monde pouvait apparaître véritablement nouveau, voire hostile, aux premiers Européens à avoir visité cette région, les conquistadores espagnols.

 

 

 

Fello me propose de poursuivre notre incursion méridionale. Il souhaite me montrer le visage d'un bourg mexicain typique. Vingt à trente minutes plus tard, nous atteignons les faubourgs d'Allende, le bourg témoin. Ce qu'il y a de déprimant pour un Européen de ce côté-ci de l'Atlantique, c'est que toutes les villes offrent un peu ce même visage monotone puisque tout y a été conçu pour la voiture. Ca me rappelle un peu Sherbrooke, ville nord américaine typiquement morte. Néanmoins, ce qu'il reste du coeur historique d'Allende est beau à voir. Sur une grande place, le Palais municipal, bâtiment du XIXe siècle de style colonial – je crois – fait face à la cathédrale. Le temps de photographier et d'engloutir une breuvage du cru local – mélange de lait et de riz sucré déposant sur le palais un goût inhabituel mais suave – et nous reprenons la « ruta ». Peu après, nous repassons devant la Presa Rodrigo Gomez, grand lac artificiel de la région sur lequel on s'adonne aux sports nautiques ou aux locations de bateau pour soirée. Pour y avoir passé l'une des premières d'entre elles à Monterrey, je connais bien ce concept.

 

 

 Arrivés à hauteur du lac, Fello me propose une étape surprise : le village de Santiago, perché sur la colline, de l'autre côté de l'autoroute. Quelques mouvements de volant, quelques cycles de moteur et nous voilà à Santiago. C'est déjà un tout autre Mexique, le Mexique d’antan. Avec sa vieille ville toute en pierre articulée autour d'une place arborée, avec sa cathédrale, ses restaurants et ses galeries d'art, on se croirait dans un village d'Europe méridionale. Un mariage est célébré dans l'église qui surplombe la place. Il faut bien comprendre que sans famille, le Mexicain n’est rien, pas même mexicain. Ici, tout exalte la famille, jusqu'aux paquets de céréales ou aux pubs pour téléphone mobile : les slogans s'adresse à la famille, de la même manière qu'il tutoie ou vouvoie l'individu en Europe. Sans surprise, pour ce mariage ce jour-là sur le parvis de l'égalise de Santiago, il y a du monde, beaucoup de monde.

 

 

Heureuse société ayant résisté à la poussée de l'individualisme.

 

 

 

 

Passée la place centrale, nous arrivons, au détour d'une vieille rue et d'escaliers, au sommet d'une butte. Il y a décidément dans le parfum ambiant de Santiago des fragrances de Montmartre. De la butte se contemple l'étendue bleu-gris du lac et les silhouettes noir-vert des montagnes de la Sierra. A l'Ouest, le Soleil disparaît bientôt derrière l'un d'entre elles. Mais le temps passe. Deux portières qui claquent, le contact enclenché et nous voilà définitivement sur la route de Monterrey où je ne dois pas arriver trop tard.

 

 

J'avais découvert un Mexique polychromique en bien peu de superficie.

 

Par Grég
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Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /Avr /2009 23:48
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Déjà s’opèrent les restructurations, quoique cela ne fasse pas encore un mois que je me trouve au Mexique. Des restructurations ? Celles de mon aperception et par conséquent, de mon identité. A moins que ce soit le lien de cause à effet inverse. Qu’importe.

 

Le Mexique constitue mon quatrième séjour long de plusieurs mois en-dehors de cette terre natale nommée « République française ». Cette expérience du dépaysement durable, je me sens le désir et le devoir de l’encenser ici même : parce qu'elle est une chance exceptionnelle, parce qu'elle demeure encore un privilège.

 

Sitôt qu’il parvient en terra incognita, le voyageur - que le lecteur me pardonne la "troisième personnalisation" de ma peronne - subit d’abord la perte des quotidiennetés, ces banalités du quotidien sur lesquelles fondait et se distordait petit à petit sa personnalité. En cela, les premiers instants du voyage marquent à eux-seuls une rupture. S’ensuit l’impérieuse nécessité de choisir entre deux stratégies : tromper l’inquiétude suscitée par la nouveauté dans une mélancolie plus ou moins feinte de ce que l’on vient de quitter ou bien contenir et passer outre les réflexes néophobiques. Pour qui préfère le vrai au conformisme, le second choix s’imposera naturellement.

 

Les premiers instants du séjour passés, on se découvre en contact avec un environnement sur lequel nous n’avons aucune prise. Parallèlement, commencent à se réinventer les bribes de notre personnalité manquantes, celles laissées dans notre vie de là-bas. Déjà ne sommes-nous plus totalement le même.

 

Pour autant, vos pensées vont naturellement à ceux restés là-bas, ceux-là mêmes dont tous les traits de personnalités saillants vous apparaissent grossis comme sous l’effet d’une loupe. Pourquoi ? Peut-être parce que détaché de ce quotidien partagé jusqu’à peu avec eux, vous vous voyez doter d’une une lucidité nouvelle.

 

Pèse aussi la langue. Pour le Français, l’espagnol n’est pas une langue difficile. En termes de modifications des structures cognitives, voire identitaires, l’impact de son apprentissage in situ n’a pas la même puissance qu’en aurait eu celui d’autres langues plus exotiques – sémites, asiatiques, finno-ougrienne par exemple. Il n’empêche, pour un cerveau qui ne parvenait pas à penser et à s’exprimer autrement qu’en anglais ou en français, l’édification progressive d’une troisième « aire linguistique », quelque part dans la toile neuronale, ouvre des perspectives nouvelles. Dépasser le stade du binôme, c’est un peu accéder à la promesse de la multitude.

 

Mais la langue ne constitue qu’une part infime de ce que l’environnement a de pouvoir sur vous. Les gens, leurs attitudes, la ville, les institutions, les nouveaux modes de communication verbales et non verbales, implicites ou explicites – en bref, les nouveaux signifiants et signifiés –– diffèrent trop de ceux qui vous étaient familiers, là-bas. Entres autres conséquences : vous n’êtes plus à même d’accepter le caractère universel de valeurs nationales intériorisés vingt années durant.

 

Bientôt, les effets de l’expatriation ne tiennent plus seulement à l’abstraction des considérations intellectuelles : ils sont d’ordre physiologique. Au fil des semaines, une part non négligeable des cellules « Made in France » constituant l’organisme ont disparu, cédant leur place à de nouvelles, celles nées sous des latitudes nouvelles, au contact d’un air et d’aliments nouveaux, ceux de la nouvelle terre d’accueil. Finalement, ce sont peut-être les cellules cérébrales qui demeurent ce qu’il y a de plus français : parce que elles, ne disparaissent pas et parce qu’en tant que siège de la pensée, elles constituent le support de notre identité.

 

Cela dit, mon esprit semble désormais par trop rodé à l’exercice de l’expatriation pour ressentir l’excitation de la toute première fois. Me vient à l’esprit l’un des souvenirs les plus forts relatifs à la prise de conscience de mon dépucelage culturel : celui de mon retour du Danemark. Sitôt débarqué sur le tarmac de l’aéroport, à la vue des militaires français armés de leur Famas, à la vue des indications en français, à l’écoute du français, à la vue de la signalétique routière française, à la vue des paysages du Beauvaisis, à l’écoute des radios françaises, dans l’atmosphère étrangement francophone du métro parisien me parvint à l’esprit une évidence d’une rare puissance : la France – le monde dans lequel j’avais vécu 21 ans – n’est qu’un monde parmi plus de 200 autres : mon identité nationale et culturelle n'était qu'une construction historique parmi d'autres.

 

Mais revenons au voyage en lui-même. Dès lors que vous vous êtes intégré à votre nouvel environnement, il faut composer avec une autre difficulté : accepter l’éphémère de ce nouvel environnement. La vieille de mon retour en France, le 17 janvier 2006, je me souviens avoir observé avec attention les rues et les façades de ce Montréal qui avait composé mon quotidien pendant presque cinq mois. Il m’était malaisé d’admettre que tout ce que j’avais vu et ce que je voyais encore en cet instant n’aurait bientôt plus pour seule réalité que celle de mes souvenirs, des souvenirs amèrement mâtinés de nostalgie. Contrarié par la linéarité irréversible du temps, j’en étais, à mon retour en France, parvenu à la conclusion que le temps n'étaît peut-être qu’une vue de l’esprit et que d’une certaine manière tous les périodes d’une vie devait bien cohabiter en un même endroit. Le temps n’avait d’autre raison que de nous empêcher de nous attarder dans certaines périodes plus qu’à d’autres. Du St Augustin en somme.

 

Ce que je crois aujourd’hui, c’est que le voyage – j’entends le long voyage – n’est pas une fin en soi, plutôt, un moyen d’accéder, avec davantage de clairvoyance et d’assurance, à des devenirs plus en phase avec nous-même et avec le monde. On n'est qu'au contact de l'autre, on devient que dans l'échange avec l'autre. Réflexions philosophiques instannée's quoique sensées - je crois.

 

Pour beaucoup – à tout le moins ceux nourris au millénarisme judéo-chrétien – la fin du voyage apparaîtra comme l’épreuve la plus pénible. Elle l’est. Mais pour qui n’oublie pas que résonne constamment ce qui a été vécu et accompli, la fin du voyage s’annonce aussi comme la promesse d’étapes nouvelles dans l’aventure de la connaissance et de la vie.

Par Grég
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Mardi 10 mars 2009 2 10 /03 /Mars /2009 22:08

  

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Dix jours que j’ai posé le pied au Mexique. Raison de ma venue : programme double-diplôme d’un semestre. Premières impressions sur Monterrey, métropole de 4 millions d’habitants et lieu de mon séjour ? Agréablement contrastées.

 

C’est depuis mon hublot, suspendus à plusieurs kilomètres d’altitude, que la grande métropole du Nord du Mexique m’est enfin apparue, après deux années d’attente. Depuis Dallas et depuis la tombée de la nuit, plus aucune lumière n’était visible au sol, les centaines de kilomètres qui séparent les deux villes recouvrant probablement de vastes étendues désertiques. Et puis sans crier gare, apparaissent les artères orange-réverbère d’une grande métropole au pied de montagnes qui apparaissent, à l’aune des lueurs crépusculaires, telles d’immenses murailles.


 Sorti de l’avion, sur la passerelle, au contact de l’air chaud et humide, je saisis que je suis dans le « Nouveau Monde », loin de l’hiver européen. Le taxi qui m’emmène à l’hôtel remonte une immense autoroute au trafic dense. Les voitures de flics sont nombreuses. Mais ma découverte de Monterrey, ce soir-là, s’arrête au lit de mon hôtel – je tombe de fatigue.

 

Dès le lendemain, réveillé avant l’aube par une horloge biologique perturbée, je fais mes premiers pas dans le centre-ville. Les rues se découvrent à la lumière rasante de l’aurore. Parfums et teintes éclatantes des fleurs, chants d’oiseaux inconnus, façades décrépies, tours d'hôtels, relents nauséabonds, espaces verdoyants, affichages publicitaires omniprésents, odeurs de viande grillée… Quoique présentée comme la capitale économique du Mexique, Monterrey n’est pas exactement celle que je m’étais représenté deux années durant. Ce que je vois, entends et sens m’évoque Bucarest [lien blog] plutôt qu’une métropole moderne.

 

Dans ce centre-ville, de vieux immeubles décrépis au rez-de-chaussée occupé par des commerces inchangés depuis des décennies côtoient grands magasins, tours d’hôtel et de bureau tout neufs. Il n’y a aucune unité architecturale. La plupart des artères débouchent sur la Macroplaza : une partie de la vieille ville a fait place à ce parc tout en longueur autour duquel ont été bâtis mairie, musées, bibliothèque. Depuis, la Macroplaza se veut la plus grande place du monde.

 

De là part entre autres la Paseo Santa Lucia : une promenade longeant un canal rempli d’eau bleu piscine, avec fontaines et péniches à touristes, conduisant à l’un des principaux parcs de la ville. En somme, l’esprit « Dubaï » - en plus modeste il est vrai.

 

Dans le centre-ville se rencontre très peu de Gringos ou d’Européens. Certes, de temps à autres, il s'y croise bien un touriste américain bedonnant échappé de son hôtel mais le plus souvent, le seul visage rencontré est le sien propre, dans le reflet des vitrines.

 

Au-delà du centre, Monterrey est une ville éclatée qui s’étend en partie sur les hauteurs des montagnes environnantes. La ville est fractionnée entre d’une part, des quartiers résidentiels huppés et des quartiers d’affaires et d’autre part, les quartiers pauvres.

 

Je séjourne dans le quartier du Tec de Monterrey, l’une des trois universités locales. Le campus principal est clôturé ; on n’y accède pas sans passer par ce que les Mexicains nomment eux-mêmes des check-points. Dans ce campus verdoyant à l’américaine – l’unique référence en matière de progrès socioéconomique semble être ici les Etats-Unis –, ont été ajoutés des animaux en semi-liberté : canards, paons, biches. Ils sont nourris et logés en échange de leur contribution à l’embellissement du campus et au rayonnement du « Tec ». A leur vue naît une interrogation : en tant qu’étudiant international, ne suis-je pas moi aussi ici un peu pour donner une image plus « in »  du Tec de Monterrey ? Mais la comparaison s’arrête là : à la différence des biches, ne m’est offert ni gîte, ni couvert.

 

Tout autour du campus s’étendent des quartiers résidentiels arborés qui contrastent avec ceux situés à quelques pâtés de là, aux façades délabrées, aux trottoirs malmenés par les racines des arbres, aux voitures stationnées là depuis très longtemps.

 

A Monterrey, partout passe l’autoroute. Le long de celles-ci s’égrainent fast-foods américains et mexicains, complexes de cinéma et autres lieux de sortie. Car ici à Monterrey, sans voiture, point de salut. Les bus sont déconseillés et les deux lignes de métro ne desservent que le centre et le nord de la ville.

 

L’insécurité par-dessus tout ça ? Le Mexique n’est pas l’Europe : lorsque je flâne dans le centre-ville, mes sens sont en alertes. Ils le sont un peu moins dans le quartier universitaire quoique il ne soit pas rare qu’un étudiant s'y fasse soutirer ses effets, en pleine rue, sous la menace d’une arme et moins encore, qu’il se fasse, quelque fois, cambrioler. Et même si depuis plusieurs années l’insécurité progresse à mesure que les autorités mènent la vie dure aux narcotrafiquants et qu’elle progressera probablement davantage avec la Crise, Monterrey n’est pas Kaboul.

 

Et ici - et c'est peut-être avant toute autre chose ça le Mexique - les gens sont extrêmement accueillants, extrêmement souriants. L’Européen, au surcroît s’il est Français, s’en trouvera déconcerté. Ainsi, les premiers jours, il y avait dans les rues quelque chose qui m’extrayait magnétiquement de ma chambre d’hôtel : peut-être cette quasi-liesse qui émane des foules mexicaines. Et puis ici, engager une conversation avec quiconque ne tient à rien d’autres que le vouloir….

 

Mais Monterrey est très loin de représenter l’ensemble du Mexique. La chance de le vérifier me sera probablement donner très prochainement…

 

 

 

Par Grég
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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 19:24

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Les photos de ce voyage

Photos en mode plein écran


 


 


La porte arrière du 737 s’ouvre. Ciel limpide. Mon ami, nommons le Pur, et moi-même foulons le tarmac de l’aéroport de Gérone. Nous humons l’air catalan : sec, aux fragrances méditerranéenne – semblable à cet air ibère déjà humé à Lisbonne. Nous embrassons du regard les paysages alentours faits de petites montagnes verdoyantes. Les Pyrénées sont proches. Nous montons à bord de la navette assurant la liaison entre l’aéroport et Barcelone distante de 90 km – pensée pour les compagnies Low-cost et leurs offres en vérité pas si intéressantes. En route, mes paupières lourdes de sommeil ne me permettent plus de poursuivre mon observation des paysages catalans. Elles se rouvrent lorsque le car traverse les faubourgs de la capitale catalane. Ville cernée par les montagnes. Le car suit une autoroute serpentant entre des paysages vallonnés et jalonnées de hautes barres HLM. Arrive enfin Barcelone. Nous roulons sur de grands boulevards le long desquels s’élèvent des immeubles d’inspiration haussmannienne, mais avec quelque chose de latin en plus. Les façades de briques rouge-brune côtoient les façades blanches. Le car parvient à la gare routière. Nous nous engouffrons dans le métro sitôt un plan de la ville empoché. Deux interstations plus loin, nous sortons sur la place Gloriès, porte d’entrée vers la ville nouvelle.


De cette place part le tronçon oriental du boulevard Diagonal, artère de plusieurs kilomètres traversant la ville de part et d’autres. Sur Diagonal se rencontre le Barcelone du 21e siècle : centre commercial et immeubles de bureaux tout de verre et d’acier s’étendent de part et d’autres d’un terre-plein piétonnier, d’une ligne de tram et de voies réservées aux voiture. Au début des années 90 Barcelone était pionnière du renouveau urbain européen. Petit répit à l’hôtel situé plus en aval sur Diagonal.

 

Un répit plus tard, Pur et moi prenons le métro en direction de la place Jaume I au cœur du quartier Gothique. Ici s’élève la cité médiévale. Quelques rues hautes et achalandées nous mènent à la cathédrale de Barcelone. Treize oies résident à l’intérieur du patio autour duquel s’articule l’édifice religieux. Certaines se querellent. Ne serait-ce la masse de touristes, le lieu inviterait au recueillement. Nous errons dans les ruelles du Barri Gòtic. A la nuit tombée, les principales rues de la vieille ville drainent ses flux de touristes. Mais les ruelles adjacentes mal éclairées drainent, elles, leurs « coquillards » : leur leitmotiv n’est plus le « la bourse ou la vie » d’il y a quelques siècles mais « coca ou shit ? ». Barcelone n’a pas sécurisé son centre historique, par souci peut-être de préserver cette atmosphère interlope. L’une des ruelles malfamées débouche sur la Plaça Reial, place carrée bordée d’immeuble du 19e. Sous leurs arcades s’étalent les terrasses à touristes. Il fait encore bon. Nous buvons un « chocolat naturel ». Rappel : c’est aux conquistadors castillans que l’on doit l’arrivée en Europe du cacao. L’une des quatre issues de la Plaça Reial nous mène sur La Rambla, grande artère commerçante. Sur son terre-plein piétonnier s’étire un marché de Noël. Nous remontons le boulevard, à contre-courant de la foule composée de touristes et d’autochtones bigarrés. Les Barcelonais d'origine sud-américaine ou nord-africaine – ils semblent nombreux – colorent la cité. Nous arrivons sur la Place de la Catalogne, grande place brassant les principaux flux d’individus en déplacement. Sous la surface vont et viennent les métros des principales lignes aux quais séparés par d’interminables corridors ; en surface vont et viennent voitures, bus, touristes, manifestants bloqués par la police. Nous montons au sommet du Cortes Inglés – grand magasin espagnol équivalent du Printemps – dans l’espoir de profiter de la vue panoramique vantée par notre guide. Espoir déçu : la cafeteria du dernier étage est bondée – beaucoup de vieux –, impossible d’approcher des baies vitrées. Nous nous engouffrons dans le métro et en ressortons au pied de la Sagrada Familia, symbole de Barcelone et chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre de Gaudi. La première façade, qui n’est pas de Gaudi, représente la passion du Christ. L’autre façade, fastueuse comme seule a su la rendre la main de l’artiste catalan, représente la nativité. De nombreuses grues surplombent la cathédrale. L’édifice, construit dans l’esprit d’en faire la huitième merveille du monde, ne sera terminé qu’aux alentours de 2030. Pur pense que nous marchons trop. Après un dernier détour et retour à la Plaça Reial et dans un de ses restaurants in fine bien moins fameux de ce qui nous en avait été dit, nous nous endormons à l'hôtel.


Le soleil nouvellement levé sonne notre deuxième journée barcelonaise. Notre première destination : le fort de MontJuïc. Situé au Sud de la ville, cette ancienne forteresse et prison politique surplombe la ville. Métro puis funiculaire nous mène à la station du téléphérique ultramoderne. La cabine suspendue au câble s’élève dans les airs. Tout Barcelone se dévoile. A l’est la mer bleue, en arrière plan la montagne sur laquelle culmine montagne de la Collserola ; au centre, la ville scintille de ce blanc méditerranéen. Jaillissent les souvenirs d’autres villes méridionales : les villes croates, Lisbonne. Notre cabine entre dans la station située au sommet du Montjuïc. Le soleil cogne. Le vieux fort ocre a conservé quelques canons modernes pointés vers la mer. Probable témoignage des trois années de guerre au cours desquelles la cité catalane résista jusqu’à l’épuisement aux hordes franquistes. Les flancs Nord et Ouest du Montjuic offrent au regard l’étendue de l’orgueilleuse métropole, les flancs est et sud donnent sur le complexe portuaire, ses installation pétrochimiques, ses innombrables containers entreposés en attente d’autres horizons, la mer. Du fort Montjuïc, nous réembarquons à bord du téléphérique, puis à bord d’un funiculaire envahi par un groupe de jeunes enfants joyeusement bruyants, puis à bord du métro. Notre nouvelle étape : le CCCB (Centre de Cultura Contemporània de Barcelona). Ce centre, vitrine culturelle de Barcelone, se voue à la création artistique contemporaine. Il s’y respire un parfum de liberté peu commun aux musées. Les visiteurs – style : jeunes, babas, intellectuels branchés, démarche chaloupée – s’y pressent, observent les œuvres sans mot dire, s’allongent sur celles qui le permettent, poursuivent leur chemin, décochent parfois un coup d’oeil aguicheur. Ici les œuvres de créateurs locaux côtoient sans complexe les expositions internationales. Par-delà la façade de verre donnant sur la cour du vieux bâtiment, s’affadissent les couleurs du jour. Nous reprenons notre route, coupons à travers le vieux Barcelone où la foule souriante se pressent ou s’assoient en terrasse.




Un petit détour par le quartier de l’Eixample, celui des grands boulevards du 19e siècle, haussmannien quoique d’essence plus latinisée, voire orientalisée, que celle de Paris. Pur est fatigué de marcher. Il dit préférer l’humanité des terrasses aux « vieilles pierres ». Nous dînons dans l’un de ses restaurants (pas si) chics. A l’hôtel, notre esprit sombre dans le sommeil.

 







Le jour s’est de nouveau levé. De nouveau, bain d’azur céleste. Une évidence est là : il nous faudrait davantage que cette troisième et dernière journée pour apprécier Barcelone dans son entièreté. Nous nous n’en mettons pas moins en quête d’autres joyaux de la cité catalane. D’abord le parc Guëll . Jardin étagé et œuvre monumentale de Gaudi. Entre les arbres se glissent les œuvres architecturales de Gaudi. Imposantes, chamarrées, empruntant leurs références à l’histoire aussi bien qu'à la puissante imagination de l’homme, ces œuvres, ni naïves, ni psychédéliques se fondent harmonieusement dans le paysage. Seule l’Espagne, terre du réalisme magique, pouvait voir naître un Gaudi. Cà et là les points de vues de ce parc tout en hauteur offre au regard Barcelone, la mer et la brume maritime. Le Mont castello et sa basilique sont le point culminant de ce paysage. Et de décider qu’ils seront notre prochaine étape. Deux métros plus loin nous nous retrouvons au pied de l’avenue Tibidabo. Souvenir de la grande fresque romanesque de Zafón, « L’ombre du vent ». Tel Daniel, héros du roman, nous remontons l’avenue, ses villas s’élèvent dans les airs au fil et à mesure que le bus monte la côte. Nous parvenons au pied de la montagne de la Collserola.


Le vieux funiculaire nous hisse au sommet : la cime de Tibidabo. Le nom lui-même est une ode à la poésie. Parc d’attraction aux manèges et à l’ambiance surannés, basilique monumentale avec Christ au sommet et cafétéria d’inspiration mauresque s’y côtoient. La lumière de la fin de journée colore d’or les façades, le dallage et la ville de Barcelone s’étendant en contrebas. Dans la basilique, j’ai pour compagnon le silence des lieux et les représentations bibliques. Le funiculaire chargé de touristes, d’enfants au nez peinturé de rouge nous ramène au commencement de l’avenue Tibidabo. Deux métros et un tram nous emmènent en bord de mer. La nuit est tombée. Le lieu conserve les opulents souvenirs des Jeux Olympiques de 1992 : gratte-ciel, casino, restaurants clinquants. La plage de sable fin est quasi-vide. Musique du ressac accompagné par les clameurs urbaines. Nous nous asseyons. Nous repartons. Pur ne veut plus rien faire sinon dormir. Parvenons à notre hôtel. Mangeons. Dormons.






Les teintes de l’aube sonnent nos dernières heures catalanes. Check out, métro, navette aéroportuaire, enregistrement à l’aéroport, prise de tête avec les employés de la compagnie low-cost au sujet leurs onéreux frais surprises, cafés à la cafétéria de la zone d’embarquement, observation et vannes en direction de la file de passagers en partance pour Ibiza, embarquement pour Paris, roulage sur la piste, vombrissement des réacteurs, trépidations de la carlingue, décollage.

 

Naît le souvenir. Celui d’une cité fière de son identité et ouverte au monde et à tout et tous ceux qui le font.

Par Grég
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 18:53

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18 h 53 CEST
Etat d'esprit Heureux



 

Août 2007. Après 72 heures riches en émotions, je quittais la Croatie ; direction Budapest où j’entamais mon troisième et dernier mois de stage dans les tréfonds de l’administration française. Mais je partais avec la ferme attention de revenir dans ce pays à peine découvert. [Vingt-sept fois hélas, je n’ai pas encore pris le temps de rédiger le billet consacré à ce précédant voyage bien que ce ne soit pas faute de l’avoir apprécié]

 


Août 2008. Ni les autoroutes allemandes perpétuellement en travaux, ni la nuit, ni les Alpes, ni la pluie battante ne sont venues à bout de notre détermination : après quelques heures passées en Slovénie [blog], nous posons nos roues en terre croate. Le Nord du pays est semblable à l’Europe continentale : humide, verdoyant, vallonné. Petit à petit, l’autoroute nous mène vers le sud du pays, à travers des paysages montagneux. Les tunnels se suivent et se ressemblent. Mais progressivement les paysages perdent de leur vert. Et puis au sortir d’un tunnel, tout change : la lumière solaire éblouit, les teintes verdoyantes cèdent la place aux teintes ambrées, le végétal au minéral. Nous sommes en terre méditerranéenne. Yipi ! Après quelques dizaines de kilomètres d’autoroute au travers de paysages arides, nous voyons apparaître à l'horizon un bout de bleu autre que celui du ciel : la mer. Ainsi commence notre odyssée dalmate.

 

La Dalmatie, c’est une bande de terre s’étirant du nord au sud du pays, entre Adriatique et territoire bosniaque, une bande de terre montagneuse dont les flancs souvent abrupts plongent dans l’eau turquoise de la mer. Amateurs de routes sinueuses offrant de nombreux points de vue sur la Grande Bleue : vous y serez comblés.

 



 


Au nord de la Dalmatie se trouve la ville portuaire de Zadar, première étape de notre voyage. Son centre : une petite presqu’île abritant une vieille ville quadrillée en damier, aux rues étroites et dallées, aux murs blancs par-dessus lesquels s’étire le ciel azuré. Dans les rues, sur les terrasses, les touristes se mêlent aux locaux. Le soir, tout le monde sort dans le centre entièrement piéton. Et toutes les langues d’Europe résonnent contre les murs des rues étroites qui confèrent à la ville une athmosphère irréelle.

 

Entre-temps, nous avons (re)découvert cette particularité croate : il n’y a, dans ces pays, que des gens beaux. Mecs, meufs : tous sont beaux du grand mélange ethnique qu’a connu la cuvette balkanique. Mais il ne le faut pas le dire trop fort, de peur d’heurter les susceptibilités nationales. A cet égard, il faut néanmoins noter que les stigmates de la guerre du début des années 90 ne sont plus visibles, à tout le moins aux yeux du touriste.

 

Zadar a pour cadre une région prise en étau entre sa côte morcelée et la montagne. Au large  se trouvent de nombreuses îles. Nous avons parcouru dans toute sa longueur celle de Pag. Cette île est un bout de lune importé en méditerranée : elle est en grande partie faite de paysages désertiques, minéraux. Sur ses rivages s’engouffrent des bras de mer dont les eaux pures révèlent aux yeux des baigneurs et plongeurs la richesse d’une faune et d’une flore sous-marines foisonnantes et bigarrées.

Quelques kilomètres plus à l’Est, sur le continent, s’élèvent certains des plus hauts sommets des Alpes dinariques, couverts de forêts d'altitude.

 

 

 


Après deux jours passés dans la région de Zadar, nous reprenons la route du Sud, direction Split. Sur la route, nous faisons une halte au parc de Krka. Non loin du parc, nous garons la voiture sur un parking, montons à bord d’un vieux rafiot. Il me rappelle celui emprunté à Niagara Falls [blog]. Après une vingtaine de minutes passées à naviguer sur ce lac de montagne, nous parvenons au plus près du joyau du parc : ses cascades étagées. Passé le débarcadère et la zone d’accueil, on arrive au premier bassin, celui dans lequel se déverse la dernière cascade. Là, on peut même barboter dans l’eau. Les touristes – petits, grands, minces, gros, surtout gros s’en donnent à cœur joie. Et pour peu que vous réussissiez à ne pas glisser sur les rochers, à vous frayer un chemin entre la masse de touristes-nageurs-tout-heureux, vous parviendrez à quelques mètres des chutes. Mais l’heure passe et le soleil cogne. Si vous aimez les escaliers, les longs escaliers, vous pourrez remonter le sentier qui longe les différentes chutes.

 

Après cela et après avoir discutaillé avec deux jeunes Vendéens attendant, comme nous, le retour du bateau, nous reprenons la route de Split.

 

 


A l'instar de Zadar, Split est une ancienne citée romaine, quoique « cité » ne soit pas le terme le plus adéquat. L’histoire de cette ville est en effet atypique : c’est celle du palais d’un empereur romain, Dioclétien, qui, abandonné à la fin de l’empire, vit naître en son sein la ville de Split et qui la vit s’agrandir par-delà ses murs.

Conséquence : la découverte du centre du Split, une nuit d’été, s’apparente à une chevauchée dans un dédale de ruelles où s’enchevêtrent pêle-mêle les édifices et vestiges de 2000 ans d’histoire, des touristes issus de toute l’Europe, des Croates et diverses ambiances celles des petites et grandes terrasses, des spectacles de rue et concerts qui s’accordent toutes au brouhaha ambiant.

C’est une ville que l’on vit qui se vit en plein air, au point qu’il arrive qu’on lève la tête et qu’on se surprenne à noter l’absence de toit pour recouvrir cette ville-maison. Même en Croatie, il doit bien pleuvoir de temps à autres. En matière de collision spatio-temporelle, s’entrechoquent à Split les vestiges de la Rome antique – en témoignent les vestiges du palais et du Forum –, de l’époque moderne et de l’époque contemporaine. Ainsi, en suivant la foule s’infiltrer dans les ruelles, on peut entre autres déboucher sur une place à l’exubérance vénitienne puis, le temps de passer sous plusieurs porches, déboucher au cœur de l’ancien palais romain, sur une place dominée par des colonnes doriques. Quelques mètres après, on pénètre dans les sous-sols du Palais, seule partie de l'édifice demeurée intacte. Plus loin encore, on débouche sur le port avec ses terrasses et ses palmiers, coin de farniente qui n’a rienà envier à ceux de la Riviera françaises.

 


De Split, nous avons embarqué, le lendemain de notre arrivée, pour l’île de Brač. Après quelques dizaines de minutes de ferry, nous sillonnons les petites routes de cette grande île, toute en hauteur. Toute en hauteur car son point culminant, au centre de l’île, s’élève à 778 mètres. De là-haut se contemplent la partie méridionale de l’île : ses massifs montagneux recouverts de forêts, la mer turquoise, ses étendues de plages blanches dont un bout s’enfonce plus loin dans la mer : la Corne d’Or. Nous nous y rendons. La Corne d’Or, c’est une petite presqu’île de forme triangulaire couverts de pins et bordés de plages. Mais là aussi, les photos du guide touristique étaient trompeuses : ce ne sont que des galets ; il n’y a définitivement pas de sable en Croatie. Qu’importe. Il fait chaud, très chaud et la mer est à quelques mètres. Comme d’hab, la mer se révèle être un univers aussi riche que celui de la Terre ferme pour qui plonge les yeux quelques secondes sous la surface. S'y rencontrent entre autres : bancs de milliers poissons, plantes se balançant au rythme du ressac, poissons multicolores, poissons-chats et toute sorte de bête qui détale à votre approche. Vous les trouverez plus particulièrement le long des rochers. Mais en surface la plage se démarque elle aussi par sa faune : celle des vieux nudistes tout flasques, qui migrent chaque année d'Europe germanique. Ils sont très nombreux sur la partie ouest de la plage. Avis aux amateurs.

 

Nous retraversons la mer en ferry au crépuscule. A notre arrivée, la Split nocturne s’éveille.

 



 


Pour notre ultime journée croate, nous décidons d’aller plus au Sud. A défaut d’autoroute et de temps suffisant, nous ne pouvons atteindre le dernier joyau de la côte dalmate, Dubrovnik. Nous nous contentons donc de longer la Riviera de Makarska : la côte longue de quelques dizaines de kilomètres qui s’étend au sud de Split. Là tout est toujours aussi aride. C’est donc sans surprise que l’on voit passer un canadair par-dessus la route puis disparaître derrière la crête des montagnes, vers l’intérieur des terres.

La côte de Makarska, c’est une bande de terre étroite prise en étau entre une côte aux très nombreuses petites criques et la haute montagne. Le paysage est magnifique. Le long de la route s’égrènent de nombreux villages touristiques avec leur marina et leurs cafés aux terrasses bondées. Nous faisons halte dans l’un d’entre eux : Markaska. Au risque de paraphraser le guide vert, il y règne, il est vrai, l’atmosphère désuète de la Riviera d’antan, j’entends la Riviera française, la Côte d’Azur. Ses maisons de pierres font face au port et aux voiliers ; ses rues achalandées se rassemblent autour de la grande égalise. A l’ouest l’horizon maritime n’offre aucune limite ; à l’est se dresse les hautes montagnes, toutes proches, qui abritent, en cet endroit, l’un des  principaux parcs naturels croates, celui du mont Biokovo.

 

Le soleil se couche sur notre dernière journée. Demain sonnera le grand retour.

 

 

 

 


Le matin venu, nous quittons Split. L’autoroute du retour nous fait repasser non loin de Zadar. Un peu plus au Nord : nous faisons une ultime halte au parc de Paklenica, l'un des plus grands parcs naturels de Croatie avec ours, loups et sangliers au rendez-vous. Mais en pleine journée, l’été, les seules bêtes hagardes rencontrées sont les touristes. Il est vrai que le coin est suffisamment atypique pour valoir le détour : les premiers centaines de mètres à eux seuls valent le coup d’œil, et l’effort : une sorte d’escalier naturel coincé entre deux flancs de montagne vous mène en altitude. Mais je ne verrai pas beaucoup plus que les quelques premiers centaines de mètres de forêt sur laquelle il débouche : il y a longtemps que mon ami, effrayé par cette nature hostile, a rebroussé chemin.

 

Nous revoici donc à reprendre la route de l’ouest. Au crépuscule, après une longue attente dans la masse des voitures de touristes patientant à la frontière slovène, nous reprenons notre vitesse de croisière…

 

Le ciel gris hivernal qui resplendit et me fait face au moment où je ponctue ce billet m’extirpe des mes souvenirs ensoleillés , iodés et azurés et m'en ramène à des milliers de kilomètres...

Par Grég
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 18:50

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Les photos de ce voyage


18 h 50 CEST
Etat d'esprit Confiant




Cela fait au moins dix heures d’autoroute que nous traversons l’Europe. Nous avons quitté Bruxelles, en fin de matinée sous un soleil radieux, pour prendre la route des Balkans. A présent, nous sommes fatigués par l’Allemagne et ses autoroutes chaotiques où la moitié du temps, une voie sur deux est en travaux et l’autre moitié, des bouchons de dizaines de kilomètres de vacanciers et leur irritable progéniture patientent devant les zones de travaux. Nous sommes fatigués par la pluie d’orage battant la campagne bavaroise. Nous sommes fatigués par la nuit noire des montagnes autrichiennes et leurs tunnels autoroutiers sans fin. Aussi mon ami et moi décidons-nous de faire étape le temps d’une nuit en Slovénie. La Croatie attendra. Nous vient d’abord l’idée de trouver un hôtel dans les environs de Bled, juste après la frontière austro-slovène mais le seul hôtel à proximité est complet, un hôtel contiguë d’un casino, tous deux au design très Las Vegas. Quant aux ruelles désertes et mal éclairées de Bled – le nom parle de lui-même (c’est facile, je sais) –, elles ne nous incitent pas à frapper aux portes Bed & Breakfast eux aussi, en apparence, vides de toute âme. Il est vrai que mon ami, méconnaissant les « pays de l’Est » et nourri aux films gores nord-américains – ceux où des touristes se perdent et ne reviennent jamais d’un bled paumé dans un pays paumé –, me presse de poursuivre jusqu’à Ljubljana, à une demi-heure d’autoroute de là.

Nous poursuivons donc. Après un petit détour par une longue et sinueuse départementale – l’autoroute se révélant pas totalement achevée – nous arrivons dans la capitale slovène. De prime abord, les faubourgs sont semblables à ceux de nombreuses villes d’Europe centrale : de longues et larges avenues le long desquelles se dressent de nombreuses tours HLM d’inspiration soviétique. Pour cette nuit, nous n’irons pas jusqu’au bout de l’avenue : nous faisons étape dans un hôtel dans lequel a séjourné Tito en personne. Il fut un temps en effet où, rappelons-nous, la Slovénie n’était qu’une province de la Grande Yougoslavie.

Quelques heures plus tard, le soleil se lève et s’élève dans un ciel azur. Nous partons à la découverte du centre-ville. Surprise : la capitale slovène nous apparaît comme une petite ville modèle où les touristes étrangers sont relativement nombreux. Les façades baroques aux couleurs vivres et chatoyantes ont été parfaitement restaurées. Et l’on prend grand plaisir à parcourir les petites rues pavées qui débouchent sur un canal fort bienvenu. Sur ses berges, un marché aux puces attire la foule. Seule l’agression d’un pigeon par un chien vient troubler la sérénité ambiante. On doit néanmoins souligner qu’aussitôt, une Slovène s’est empressée de se porter au secours du pigeon tout juste sorti de la gueule de son agresseur et visiblement en état de choc. Peuple humaniste. Nous poursuivons notre visite. Tout le centre-ville se concentre contre le flanc ouest d’un promontoire rocheux au sommet duquel trône une forteresse au style médiéval. Un funiculaire ultramoderne a tôt fait de nous y emmener. Là, terrasse de café et galeries d’arts invitent plus encore à la détente. Surtout, les meurtrières et les chemins de ronde offrent une vue panoramique sur la ville aux toits de tuiles mais aussi et surtout, sur la campagne verdoyante et mieux encore, sur les sommets alpins enneigés qui entourent la ville.
Le soleil est au Zénith. Or la route est encore longue jusqu’à la côte adriatique. Après avoir quitté le château, être passés devant une troupe d’indiens se donnant en concert – si si, ces Indiens d’on ne se sait où qui se produisent sur toutes les places d’Europe –, après avoir parcouru quelques dernières rues moins achalandées et après avoir quitté notre parking souterrain, nous faisons nos au revoirs à Ljubljana la bienheureuse. La Slovénie nous réservera encore quelques surprises. L’autoroute puis la petite route de montagne menant jusqu’à la frontière croate nous conviera à travers des paysages d’une incroyable beauté : montagneux, verdoyants, bucoliques. Le surgissement de l’aride beauté du monde méditerranée, quelques centaines de kilomètres plus au sud, n’en fut que plus saisissant.


Par Grég
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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /Juil /2008 09:16

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09 h 16 CEST



Ce mois de juillet 2008 fut, pour moi, l’occasion de redécouvrir une Allemagne délaissée, depuis quelques années, par mes pérégrinations. D’abord, début juillet, m’est donné l’occasion de me rendre dans la région de la Hambourg. Ma mission : rencontrer un vieux monsieur, quoique assurément très sympathique et très très jovial, ainsi que sa famille dans le cadre de recherches universitaires. Ma mission ne devant remplir qu’un après-midi, deux de mes amis et moi-même sommes arrivés la vieille de Belgique et profitons de la matinée pour parcourir Hambourg. Je découvre ; ils redécouvrent. Quelques heures ne suffisent probablement pas pour pouvoir prétendre avoir goûté à la vie hambourgeoise. Toutefois, je dirai de cette cité hanséatique qu’elle revêt une beauté particulière. Cette beauté dont on qualifie ceux et celles qui ne répondent pas exactement aux canons de la beauté mais dont la vitalité et la singularité des traits séduisent presque magnétiquement.

Hambourg est une ville portuaire et ses nombreux bassins l’agrémentent autant qu’elles l’aèrent. Les façades de l’époque industrielle – telles celles du quartier des entrepôts – et les nombreuses églises des 17 et 18e siècles lui confèrent un charme désuet. Quant au rouge des briques, il contraste avec le vert des rues et squares arborés, l’opale de l’Elbe et l’azur céleste. Mais Hambourg n’est pas une ville musée et la décrire n’a que peu à voir avec son esthétisme. Hambourg, m’a-t-on dit, vit et se vit. Pour le peu que j’en ai vu, cette description me semble juste. Il se dégage de la foule bigarrée, dense et omniprésente ce parfum que portent les villes industrieuses, dynamiques. Mais je ne m’attarderai pas davantage : en dépit de mon insistance, on me refusera de retourner parfaire ma connaissance d’Hambourg au soir de notre journée allemande. Motif : la route jusqu’à Bruxelles est longue. C’est vrai que la route est longue mais elle nous offre tout de même l’occasion, ce même soir, de faire étape à Brême.

La ville ne saurait soutenir la comparaison avec Hambourg. C’est une petite ville aux charmes provinciaux. Ici, les ruelles et les places, engoncées dans les remparts, évoquent le Moyen-Âge. Et en ce samedi soir de juillet, le centre-ville historique attire peu et ce sont des touristes étrangers qui y déambulent pour l’essentiel. Du reste, la nuit approche et il nous faut reprendre notre route. Passés avec brio l’obstacle du risque de panne sèche au milieu de nulle part et le suivi d’une mauvaise direction dans le labyrinthe autoroutier de la Ruhr, nous finirons enfin par réintégrer l’Europe francophone.

Deux semaines après cette réintégration, au retour d’un week-end à Budapest, m’est donnée la possibilité de faire une courte étape à Ratisbonne. Car oui, mon ami et moi avons tenté de vérifier par l’expérience la faisabilité d’un aller-retour en voiture entre Bruxelles et Budapest en 72 heures. C’est faisable mais force est d’admettre que les vertus reposantes d’un week-end de trois jours perdrent un peu de leur force.
Toujours est-il qu’au retour, à mi-chemin entre la capitale hongroise et la capitale belge se présente, le long de l’autoroute, Ratisbonne. Le guide vert en disant le plus grand bien, nous décidons d’y faire une halte. En plus, il fait beau.

Nous la découvrons. C’est une ville d’autant plus agréable qu’elle a eu, en tant que ville allemande, la chance exceptionnelle d’échapper aux bombardements anglo-américains. Surtout, Ratisbonne est bavaroise et en ce sens, sa beauté et son charme n’ont rien de ceux de l’Allemagne du Nord. Les façades aux épais murs de pierres, aux angles arrondis, chamarrées respirent l’exubérance, tout baroque, des villes d’Europe centrale. On s’y plait à parcourir les rues étroites et achalandées débouchant sur quelques grandes places. Mais une fois encore, je n’en dirai pas davantage sur Ratisbonne. J’y suis resté trop peu de temps et connaît trop peu l’histoire et les gens, en un mot, l’âme de cette ville. Au demeurant, la route était une fois encore longue jusqu’à Bruxelles, plus longue encore que depuis Hambourg, deux semaines plus tôt.
Quoi qu’il en soit, la circulation dense, les embouteillages et la pluie des autoroutes d’Allemagne n’enlèveront rien d’agréable au souvenir tout neuf de la petite ville bavaroise.

Par Grég
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