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La porte arrière du 737 s’ouvre. Ciel limpide. Mon ami, nommons le Pur, et moi-même foulons le tarmac de l’aéroport de Gérone. Nous humons l’air
catalan : sec, aux fragrances méditerranéenne – semblable à cet air ibère déjà humé à Lisbonne. Nous embrassons du
regard les paysages alentours faits de petites montagnes verdoyantes. Les Pyrénées sont proches. Nous montons à bord de la navette assurant la liaison entre l’aéroport et Barcelone distante de 90
km – pensée pour les compagnies Low-cost et leurs offres en vérité pas si intéressantes. En route, mes paupières lourdes de sommeil ne me permettent plus de poursuivre mon observation des
paysages catalans. Elles se rouvrent lorsque le car traverse les faubourgs de la capitale catalane. Ville cernée par les montagnes. Le car suit une autoroute serpentant entre des paysages
vallonnés et jalonnées de hautes barres HLM. Arrive enfin Barcelone. Nous roulons sur de grands boulevards le long desquels s’élèvent des immeubles d’inspiration haussmannienne, mais avec quelque
chose de latin en plus. Les façades de briques rouge-brune côtoient les façades blanches. Le car parvient à la gare routière. Nous nous engouffrons dans le métro sitôt un plan de la ville
empoché. Deux interstations plus loin, nous sortons sur la place Gloriès, porte d’entrée vers la ville nouvelle.
De cette place part le tronçon oriental du boulevard Diagonal, artère de plusieurs kilomètres traversant la ville de part et d’autres. Sur Diagonal se rencontre le Barcelone du 21e siècle :
centre commercial et immeubles de bureaux tout de verre et d’acier s’étendent de part et d’autres d’un terre-plein piétonnier, d’une ligne de tram et de voies réservées aux voiture. Au début des
années 90 Barcelone était pionnière du renouveau urbain européen. Petit répit à l’hôtel situé plus en aval sur Diagonal.
Un répit plus tard, Pur et moi prenons le métro en direction de la place Jaume I au cœur du quartier Gothique. Ici s’élève la cité médiévale. Quelques rues hautes et achalandées nous mènent à la cathédrale de Barcelone. Treize oies résident à l’intérieur du patio autour duquel s’articule l’édifice religieux. Certaines se querellent. Ne serait-ce la masse de touristes, le lieu inviterait au recueillement. Nous errons dans les ruelles du Barri Gòtic. A la nuit tombée, les principales rues de la vieille ville drainent ses flux de touristes. Mais les ruelles adjacentes mal éclairées drainent, elles, leurs « coquillards » : leur leitmotiv n’est plus le « la bourse ou la vie » d’il y a quelques siècles mais « coca ou shit ? ». Barcelone n’a pas sécurisé son centre historique, par souci peut-être de préserver cette atmosphère interlope. L’une des ruelles malfamées débouche sur la Plaça Reial, place carrée bordée d’immeuble du 19e. Sous leurs arcades s’étalent les terrasses à touristes. Il fait encore bon. Nous buvons un « chocolat naturel ». Rappel : c’est aux conquistadors castillans que l’on doit l’arrivée en Europe du cacao. L’une des quatre issues de la Plaça Reial nous mène sur La Rambla, grande artère commerçante. Sur son terre-plein piétonnier s’étire un marché de Noël. Nous remontons le boulevard, à contre-courant de la foule composée de touristes et d’autochtones bigarrés. Les Barcelonais d'origine sud-américaine ou nord-africaine – ils semblent nombreux – colorent la cité. Nous arrivons sur la Place de la Catalogne, grande place brassant les principaux flux d’individus en déplacement. Sous la surface vont et viennent les métros des principales lignes aux quais séparés par d’interminables corridors ; en surface vont et viennent voitures, bus, touristes, manifestants bloqués par la police. Nous montons au sommet du Cortes Inglés – grand magasin espagnol équivalent du Printemps – dans l’espoir de profiter de la vue panoramique vantée par notre guide. Espoir déçu : la cafeteria du dernier étage est bondée – beaucoup de vieux –, impossible d’approcher des baies vitrées. Nous nous engouffrons dans le métro et en ressortons au pied de la Sagrada Familia, symbole de Barcelone et chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre de Gaudi. La première façade, qui n’est pas de Gaudi, représente la passion du Christ. L’autre façade, fastueuse comme seule a su la rendre la main de l’artiste catalan, représente la nativité. De nombreuses grues surplombent la cathédrale. L’édifice, construit dans l’esprit d’en faire la huitième merveille du monde, ne sera terminé qu’aux alentours de 2030. Pur pense que nous marchons trop. Après un dernier détour et retour à la Plaça Reial et dans un de ses restaurants in fine bien moins fameux de ce qui nous en avait été dit, nous nous endormons à l'hôtel.
Le soleil nouvellement levé sonne notre deuxième journée barcelonaise. Notre première destination : le fort de MontJuïc. Situé au Sud de la ville, cette
ancienne forteresse et prison politique surplombe la ville. Métro puis funiculaire nous mène à la station du téléphérique ultramoderne. La cabine suspendue au câble s’élève dans les airs. Tout
Barcelone se dévoile. A l’est la mer bleue, en arrière plan la montagne sur laquelle culmine montagne de la Collserola ; au centre, la ville scintille de ce blanc méditerranéen. Jaillissent
les souvenirs d’autres villes méridionales : les villes croates, Lisbonne. Notre cabine entre dans la station située au sommet du Montjuïc. Le soleil cogne. Le vieux fort ocre a conservé
quelques canons modernes pointés vers la mer. Probable témoignage des trois années de guerre au cours desquelles la cité catalane résista jusqu’à l’épuisement aux hordes franquistes. Les flancs
Nord et Ouest du Montjuic offrent au regard l’étendue de l’orgueilleuse métropole, les flancs est et sud donnent sur le complexe portuaire, ses installation pétrochimiques, ses innombrables
containers entreposés en attente d’autres horizons, la mer. Du fort Montjuïc, nous réembarquons à bord du téléphérique, puis à bord d’un funiculaire envahi par un groupe de jeunes enfants
joyeusement bruyants, puis à bord du métro. Notre nouvelle étape : le CCCB (Centre de Cultura Contemporània de
Barcelona). Ce centre, vitrine culturelle de Barcelone, se voue à la création artistique contemporaine. Il s’y respire un parfum de liberté peu commun aux musées. Les visiteurs – style :
jeunes, babas, intellectuels branchés, démarche chaloupée – s’y pressent, observent les œuvres sans mot dire, s’allongent sur celles qui le permettent, poursuivent leur chemin, décochent parfois un
coup d’oeil aguicheur. Ici les œuvres de créateurs locaux côtoient sans complexe les expositions internationales. Par-delà la façade de verre donnant sur la cour du vieux bâtiment, s’affadissent
les couleurs du jour. Nous reprenons notre route, coupons à travers le vieux Barcelone où la foule souriante se pressent ou s’assoient en terrasse.
Un petit détour par le quartier de l’Eixample, celui des
grands boulevards du 19e siècle, haussmannien quoique d’essence plus latinisée, voire orientalisée, que celle de Paris. Pur est fatigué de marcher. Il dit préférer l’humanité des
terrasses aux « vieilles pierres ». Nous dînons dans l’un de ses restaurants (pas si) chics. A l’hôtel, notre esprit sombre dans le sommeil.
Le jour s’est de nouveau levé. De nouveau, bain d’azur céleste. Une évidence est là : il nous faudrait davantage que
cette troisième et dernière journée pour apprécier Barcelone dans son entièreté. Nous nous n’en mettons pas moins en quête d’autres joyaux de la cité catalane. D’abord le parc Guëll
. Jardin étagé et œuvre monumentale de Gaudi. Entre les arbres se glissent les œuvres architecturales de Gaudi. Imposantes, chamarrées, empruntant leurs références
à l’histoire aussi bien qu'à la puissante imagination de l’homme, ces œuvres, ni naïves, ni psychédéliques se fondent harmonieusement dans le paysage. Seule l’Espagne, terre du
réalisme magique, pouvait voir naître un Gaudi. Cà et là les points de vues de ce parc tout en hauteur offre au regard Barcelone, la mer et la brume maritime. Le Mont castello et sa basilique
sont le point culminant de ce paysage. Et de décider qu’ils seront notre prochaine étape. Deux métros plus loin nous nous retrouvons au pied de l’avenue Tibidabo. Souvenir de la grande
fresque romanesque de Zafón, « L’ombre du vent ». Tel Daniel, héros du roman, nous remontons l’avenue, ses villas s’élèvent dans les airs
au fil et à mesure que le bus monte la côte. Nous parvenons au pied de la montagne de la Collserola.
Le vieux funiculaire nous hisse au
sommet : la cime de Tibidabo. Le nom lui-même est une ode à la poésie. Parc d’attraction aux manèges et à l’ambiance surannés, basilique monumentale avec Christ au sommet et cafétéria
d’inspiration mauresque s’y côtoient. La lumière de la fin de journée colore d’or les façades, le dallage et la ville de Barcelone s’étendant en contrebas. Dans la basilique, j’ai pour compagnon
le silence des lieux et les représentations bibliques. Le funiculaire chargé de touristes, d’enfants au nez peinturé de rouge nous ramène au commencement de l’avenue Tibidabo. Deux métros et un
tram nous emmènent en bord de mer. La nuit est tombée. Le lieu conserve les opulents souvenirs des Jeux Olympiques de 1992 : gratte-ciel, casino, restaurants clinquants. La plage de sable
fin est quasi-vide. Musique du ressac accompagné par les clameurs urbaines. Nous nous asseyons. Nous repartons. Pur ne veut plus rien faire sinon dormir. Parvenons à notre hôtel. Mangeons.
Dormons.
Les teintes de l’aube sonnent nos dernières heures catalanes. Check out, métro, navette aéroportuaire, enregistrement à l’aéroport, prise de tête avec les employés de la compagnie low-cost au
sujet leurs onéreux frais surprises, cafés à la cafétéria de la zone d’embarquement, observation et vannes en direction de la file de passagers en partance pour Ibiza, embarquement pour Paris,
roulage sur la piste, vombrissement des réacteurs, trépidations de la carlingue, décollage.
Naît le souvenir. Celui d’une cité fière de son identité et ouverte au monde et à tout et tous ceux qui le font.