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Dix jours que j’ai posé le pied au Mexique. Raison de ma venue : programme double-diplôme d’un semestre. Premières impressions sur Monterrey, métropole de 4 millions d’habitants et lieu de mon séjour ? Agréablement contrastées.
C’est depuis mon hublot, suspendus à plusieurs kilomètres d’altitude, que la grande métropole du Nord du Mexique m’est enfin apparue, après deux années d’attente. Depuis Dallas et depuis la tombée de la nuit, plus aucune lumière n’était visible au sol, les centaines de kilomètres qui séparent les deux villes recouvrant probablement de vastes étendues désertiques. Et puis sans crier gare, apparaissent les artères orange-réverbère d’une grande métropole au pied de montagnes qui apparaissent, à l’aune des lueurs crépusculaires, telles d’immenses murailles.
Sorti de l’avion, sur la passerelle, au contact de l’air chaud et humide, je saisis que je suis dans le « Nouveau Monde », loin de l’hiver européen. Le taxi qui m’emmène à l’hôtel remonte une immense autoroute au trafic dense. Les voitures de flics sont nombreuses. Mais ma découverte de Monterrey, ce soir-là, s’arrête au lit de mon hôtel – je tombe de fatigue.
Dès le lendemain, réveillé avant l’aube par une horloge biologique perturbée, je fais mes premiers pas dans le centre-ville. Les rues se découvrent à la lumière rasante de l’aurore. Parfums et teintes éclatantes des fleurs, chants d’oiseaux inconnus, façades décrépies, tours d'hôtels, relents nauséabonds, espaces verdoyants, affichages publicitaires omniprésents, odeurs de viande grillée… Quoique présentée comme la capitale économique du Mexique, Monterrey n’est pas exactement celle que je m’étais représenté deux années durant. Ce que je vois, entends et sens m’évoque Bucarest [lien blog] plutôt qu’une métropole moderne.
Dans ce centre-ville, de vieux immeubles décrépis au rez-de-chaussée occupé par des commerces inchangés depuis des décennies côtoient grands magasins, tours d’hôtel et de bureau tout neufs. Il n’y a aucune unité architecturale. La plupart des artères débouchent sur la Macroplaza : une partie de la vieille ville a fait place à ce parc tout en longueur autour duquel ont été bâtis mairie, musées, bibliothèque. Depuis, la Macroplaza se veut la plus grande place du monde.
De là part entre autres la Paseo Santa Lucia : une promenade longeant un canal rempli d’eau bleu piscine, avec fontaines et péniches à touristes, conduisant à l’un des principaux parcs de la ville. En somme, l’esprit « Dubaï » - en plus modeste il est vrai.
Dans le centre-ville se rencontre très peu de Gringos ou d’Européens. Certes, de temps à autres, il s'y croise bien un touriste américain bedonnant échappé de son hôtel mais le plus souvent, le seul visage rencontré est le sien propre, dans le reflet des vitrines.
Au-delà du centre, Monterrey est une ville éclatée qui s’étend en partie sur les hauteurs des montagnes environnantes. La ville est fractionnée entre d’une part, des quartiers résidentiels huppés et des quartiers d’affaires et d’autre part, les quartiers pauvres.
Je séjourne dans le quartier du Tec de Monterrey, l’une des trois universités locales. Le campus principal est clôturé ; on n’y accède pas sans passer par ce que les Mexicains nomment eux-mêmes des check-points. Dans ce campus verdoyant à l’américaine – l’unique référence en matière de progrès socioéconomique semble être ici les Etats-Unis –, ont été ajoutés des animaux en semi-liberté : canards, paons, biches. Ils sont nourris et logés en échange de leur contribution à l’embellissement du campus et au rayonnement du « Tec ». A leur vue naît une interrogation : en tant qu’étudiant international, ne suis-je pas moi aussi ici un peu pour donner une image plus « in » du Tec de Monterrey ? Mais la comparaison s’arrête là : à la différence des biches, ne m’est offert ni gîte, ni couvert.
Tout autour du campus s’étendent des quartiers résidentiels arborés qui contrastent avec ceux situés à quelques pâtés de là, aux façades délabrées, aux trottoirs malmenés par les racines des arbres, aux voitures stationnées là depuis très longtemps.
A Monterrey, partout passe l’autoroute. Le long de celles-ci s’égrainent fast-foods américains et mexicains, complexes de cinéma et autres lieux de sortie. Car ici à Monterrey, sans voiture, point de salut. Les bus sont déconseillés et les deux lignes de métro ne desservent que le centre et le nord de la ville.
L’insécurité par-dessus tout ça ? Le Mexique n’est pas l’Europe : lorsque je flâne dans le centre-ville, mes sens sont en alertes. Ils le sont un peu moins dans le quartier universitaire quoique il ne soit pas rare qu’un étudiant s'y fasse soutirer ses effets, en pleine rue, sous la menace d’une arme et moins encore, qu’il se fasse, quelque fois, cambrioler. Et même si depuis plusieurs années l’insécurité progresse à mesure que les autorités mènent la vie dure aux narcotrafiquants et qu’elle progressera probablement davantage avec la Crise, Monterrey n’est pas Kaboul.
Et ici - et c'est peut-être avant toute autre chose ça le Mexique - les gens sont extrêmement accueillants, extrêmement souriants. L’Européen, au surcroît s’il est Français, s’en trouvera déconcerté. Ainsi, les premiers jours, il y avait dans les rues quelque chose qui m’extrayait magnétiquement de ma chambre d’hôtel : peut-être cette quasi-liesse qui émane des foules mexicaines. Et puis ici, engager une conversation avec quiconque ne tient à rien d’autres que le vouloir….