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Samedi, début d’après-midi. Je m'apprête enfin à quitter Monterrey. Trois semaines que j'y suis sans voir vu autre chose de ma nouvelle terre d'accueil que les petites rues grillagées de Monterrey Sud, ses campus à l’américaine, ses centres commerciaux et ses grands axes surchargés de voitures.
Voilà qu'un ami du coin, Fello, me propose de découvrir la région Sud de Monterrey. Montés à bord de sa jeep, on démarre, on prend la route nationale encombrée des Mexicains migrant vers les centres commerciaux de la périphérie ou vers des horizons autrement plus verdoyants. Monterrey, c'est de la ville insérée là où la montagne tout en hauteur l'a permis et la montagne continue de nous accompagner tout au long du chemin, de part et d'autre de l'autoroute parsemée de petits commerces et restaurants.
Les montagnes, elles sont verdoyantes, massives. On dirait de la soie vue de l'habitacle de la voiture. Ca me rappelle donc focément un peu les paysages de Jurassic Park, l'île où sont parqués les dinosaures. Si, si. Mais Fello, mon compagnon de route, me déclare que le sud de Monterrey est particulier en cela qu'il contraste avec le reste de la région : partout ailleurs, c'est l'aridité du désert qui prédomine.
Nous quittons l'autoroute, nous nous engageons sur une route où les rencontres avec les gros pick up américains chéris des Mexicains sont difficiles à négocier. Une fois quittée l'autoroute, la misère apparaît également autrement que dans les quartiers de Monterrey qui me sont connus ; des adolescents mendient à même la route.
Première étape de notre petite échappée : le parc de la cascade de la Cola de Caballo. Passé un chemin forestier parcouru par de nombreuses familles mexicaines – au Mexique, il n'y a pas d'individus, il n'y a que des familles – on arrive au pied d'une cascade d'une quarantaine de mètres. L'endroit est sympa. Montagneux et boisé comme il l'est et avec ses eaux vives, il me rappelle certains parcs nationaux croates. Le temps de découvrir, entre autres, un spécimen d'insecte local assez extraordinaire aux yeux d'un Européen et nous reprenons la route. Tout en roulant et en discutant en anglais ou dans mon espagnol embryonnaire, j'admire les paysages. J'imagine combien ce Nouveau Monde pouvait apparaître véritablement nouveau, voire hostile, aux premiers Européens à avoir visité cette région, les conquistadores espagnols.
Fello me propose de poursuivre notre incursion méridionale. Il souhaite me montrer le visage d'un bourg mexicain typique. Vingt à trente minutes plus tard, nous atteignons les faubourgs d'Allende, le bourg témoin. Ce qu'il y a de déprimant pour un Européen de ce côté-ci de l'Atlantique, c'est que toutes les villes offrent un peu ce même visage monotone puisque tout y a été conçu pour la voiture. Ca me rappelle un peu Sherbrooke, ville nord américaine typiquement morte. Néanmoins, ce qu'il reste du coeur historique d'Allende est beau à voir. Sur une grande place, le Palais municipal, bâtiment du XIXe siècle de style colonial – je crois – fait face à la cathédrale. Le temps de photographier et d'engloutir une breuvage du cru local – mélange de lait et de riz sucré déposant sur le palais un goût inhabituel mais suave – et nous reprenons la « ruta ». Peu après, nous repassons devant la Presa Rodrigo Gomez, grand lac artificiel de la région sur lequel on s'adonne aux sports nautiques ou aux locations de bateau pour soirée. Pour y avoir passé l'une des premières d'entre elles à Monterrey, je connais bien ce concept.
Arrivés à hauteur du lac, Fello me propose une étape surprise : le village de Santiago, perché sur la colline, de l'autre côté de l'autoroute. Quelques mouvements de volant, quelques cycles de moteur et nous voilà à Santiago. C'est déjà un tout autre Mexique, le Mexique d’antan. Avec sa vieille ville toute en pierre articulée autour d'une place arborée, avec sa cathédrale, ses restaurants et ses galeries d'art, on se croirait dans un village d'Europe méridionale. Un mariage est célébré dans l'église qui surplombe la place. Il faut bien comprendre que sans famille, le Mexicain n’est rien, pas même mexicain. Ici, tout exalte la famille, jusqu'aux paquets de céréales ou aux pubs pour téléphone mobile : les slogans s'adresse à la famille, de la même manière qu'il tutoie ou vouvoie l'individu en Europe. Sans surprise, pour ce mariage ce jour-là sur le parvis de l'égalise de Santiago, il y a du monde, beaucoup de monde.
Heureuse société ayant résisté à la poussée de l'individualisme.
Passée la place centrale, nous arrivons, au détour d'une vieille rue et d'escaliers, au sommet d'une butte. Il y a décidément dans le parfum ambiant de Santiago des fragrances de Montmartre. De la butte se contemple l'étendue bleu-gris du lac et les silhouettes noir-vert des montagnes de la Sierra. A l'Ouest, le Soleil disparaît bientôt derrière l'un d'entre elles. Mais le temps passe. Deux portières qui claquent, le contact enclenché et nous voilà définitivement sur la route de Monterrey où je ne dois pas arriver trop tard.
J'avais découvert un Mexique polychromique en bien peu de superficie.