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Mon expérience de l’apocalypse virale en
temps réel.
Vendredi 24 avril 2009
« Je t'ai envoyé deux mails. Tu les as lus ? T'as vu ce qui passe ? ». J'entends pronconcer pour la première fois le terme de "grippe porcine". Désormais, je suis informé. C'était juste après avoir posé le pied à la bibliothèque, lieu où j'espérais trouver la sérénité nécessaire à la conclusion d’un travail de recherches. En lien et place de quiétude, j'y trouve donc mon ami Raph absorbé par la lecture d'emails et d'articles de presse tombés dans le courant des dernières heures. Tous concourrent au ton et au contenu les plus alarmistes. « Faut partir avant qu'ils ferment les frontières » conclut-il, avec ce laconisme qui cache les plus grandes angoisses.
Est-ce là le prodrome du cataclysme contre lequel l'OMS n'a cessé de mettre en garde les gouvernements depuis plusieurs années ? Je reste dubitatif. Il y a déjà eu le coup des oiseaux. Comme le dit le bon sens populaire : je ne veux pas qu'on m'y reprenne deux fois. Ce que je constate par contre, c’est que nos quelques minutes de conversation suffisent à plonger mon esprit dans un grand état d'excitation.
Conséquence, en termes de productivité académique, mon après-midi déçoit mes attentes.
Au soir, H1N1 ou pas, c’est soirée au programme. L'heure n'est pas encore venue d'imposer les soirées masquées. Non, le monde ne s'est pas écroulé : les Mexicains s'adonnent toujours aux mêmes libations le soir venu et le virus ne fait son apparition qu'à la télé. Au pire, nos photos de soirée iront illustrer ces dossiers spéciaux dont raffole Paris Match. Pour légende : « Ils profitaient pleinement de leur séjour à Monterrey. Ils ne savaient pas déjà atteints par le virus qui leur serait fatal. »
Samedi
Lendemain de soirée, je me traîne à l'hypermarché du coin. Chemin faisant, cette histoire virale continue de me divertir. Eh quoi ! Ce H1N1 n’a pas l’air extrêmement létal et les mesures de confinement devraient rapidement faire effet.
D’ailleurs, les Mexicains, à tout le moins ceux de Monterrey, semblent se sentir peu concernés : ils tournent en dérision le risque d'une crise sanitaire majeure de même que la gestion de la crise par les autorités. A juste titre.
Sans surprise donc, le campus du Tec de Monterrey ne désemplit pas de même que les bars et cinémas dans lesquels je me rends ce samedi soir.
Dimanche
Les premiers emails et messages alarmistes de la part de proches tombent. Il me faut l'admettre : je tire bassement quelque motif de fierté à me retrouver au cœur de l’actualité mondiale.
A bien regarder Google Maps à force de zooms, je me surprends à constater l’étendue des zones infectées : ce n’est rien de moins que l'ensemble du continent nord-américain, du Yucatan à la Nouvelle Ecosse et à la Colombie britannique. L'après-midi venue, je me rends à une réunion de groupe de travail où il est de bon ton de discuter H1N1 et plus encore, d’apporter de nouveaux éléments riches en frayeur. Toute cette histoire donne vraisemblablement un sens bienvenu à une existence jusque là monotone ; on parle déjà rapatriements. Lorsque sont évoqués les possibles développements de l'épidémie, la principale référence en la matière reste le film "28 jours plus tard".
Je préfère croire que la principale menace reste la psychose tant le virus la transmet efficacement par voie médiatique. Mais il nous reste au moins cette certitude : il n’est de parade contre la bêtise humaine. Moi-même en suis d'ailleurs déjà victime : compulsivement, je grappille les informations relatives à la progression de l'épidémie et à la nature du virus sur Google News. En vain : je dois admettre que dans les situations de crise, le travail des journalistes n'apporte pas toujours beaucoup de valeur ajoutée.
A mon retour chez moi, on m'apprend que le Tec sera fermé jusqu'au 6 mai. Le décret gouvernemental est tombé.
Lundi
Je me rends sur le campus. A mon soulagement, il demeure ouvert mais le vigile m'avertit que tous les bâtiments sont fermés. Posé à une table, en plein air, je reçois l'email d'un ami qui s'épanche de son trop plein émotionnel en exprimant, pour conclure, son ardent désir de repartir en France dès cette semaine.
Instinctivement, je tente de glaner quelques nouvelles infos sur Le Monde, Le Figaro, El Universal, Google News. Mais rien de bien nouveau. Ils semblent se copier les uns les autres.
En fin de matinée, je vois surgir au bout de l'allée un étudiant au visage caché derrière un masque bleu – le tout premier. Au bout des trois heures suivantes, un étudiant sur trois en porte un. Sentiment étrange que d’être servi dans les cafés / restaurants par des serveurs masqués. Je m'interroge : dois-je céder à cette nouvelle mode ?
L'après-midi, je rencontre Raph. Certains étudiants français ont reçu un email de leur Grande Ecole de commerce parisienne : si l'OMS place l'alerte au niveau 4, ils seront rapatriés. Or le niveau 4 a été atteint il y a une heure. On les contacte : certains partent déjà d'eux-mêmes. C'est la débandade.
Je retourne au campus. La vue de chaque masque m’est instinctivement désagréable. Même les automobilistes en portent.
Sur Google Maps, je découvre que les pictogrammes signalant les cas de H1N1 suspectés et avérés s'étendent en Amérique ainsi qu'en Europe. Il y a certains article plus alarmants : le virus n'a mystérieusement toujours pas été détecté chez nos amis les cochons. D'aucuns clament qu'il ne s'agit pas d'une grippe porcine.
Et puis voilà : n'est-il pas bizzare que les cas ne soient détectés qu'en Amérique du Nord et en Europe ? Là même où les moyens de détection sont efficaces ? Quid du reste du monde ?
Reste surtout le risque d'une mutation du virus.
Il est bientôt 20 heures. Le ciel s'est couvert et le vent souffle. Le courant vient d'être coupé sur le campus et par conséquent, le réseau Wifi.
Je rentre. J'ai rendez-vous avec des amis, histoire de parler H1N1 naturellement.
Demain sera décisif : si l'OMS passe en niveau 5, les frontières commenceront à se fermer et pour nous autres, Européens, il sera l'heure de nous rapprocher de nos ambassades. S'il n'en est rien, il sera peut-être annoncée une stabilisation de la situation.
Je penche pour la seconde hypothèse.
Mardi
A mon réveil, le monde tient encore debout – quoique le nombre de pays touchés ait encore augmenté. On en est à quatre continents.
Sur le campus, les employés sont désormais bien plus nombreux que les étudiants, mais bien moins nombreux que les cervidés et autres bêtes à plumes qui y vivent en semi-liberté. Au Subway d'à côté, je ne trouve qu'un client et deux employés, tous masqués. Les devantures des pharmacies informent qu'il n'y a plus ni masque, ni gel antibactérien. Je continuerai de me promener le visage dénudé. Signe ostensible d’inconscience.
Cette morne journée, je tente de la mettre à profit pour achever mon travail de recherches. Mais les perspectives qu'ouvre la finance comportementale aux chercheurs et aux financiers m'inspirent moyennement. Je préfère tenter d’obtenir de nouvelles informations sur le web.
J’y trouve David Pujadas. Il fait preuve d'un sang-froid que je ne lui connaissais pas. Ses JT de septembre et d'octobre, ouvrant sur la chute libre des index boursiers et clôturant sur l’annonce du renvoie de l’humanité à l’âge de pierre, ont du lui valoir quelques critiques. Son sens de la dramaturgie ne m’en manque pas moins. Mais je ne perds pas tout : son collègue, celui qui se tape le plateau à chaque fois que l'opinion publique frisonne sur une question de santé, m'apprend que seuls les masques en forme de bec de canard sont efficaces.
Pas d’annonce de niveau 5, pas d’annonce de réelle stabilisation : sur le front de l'Ouest, rien de nouveau donc.
En tout et pour tout, un seul événement notable à signaler. Je quitte le campus déserté en passant par des allées détournées, certains accès ayant été fermés plus tôt que d’ordinaire. De je ne sais où, jaillissent deux canards blancs dont l'un précipite bientôt son bec sur mon pied dénudé. Ma danse des canards improvisée n'y faisant rien, je lui envoie par trois fois mon sac à dos en pleine tête. Mais la haine qu’il me porte l’emporte de loin sur son étourdissement : il en redemande. Heureusement, ça court moins vite que je ne le pensais. A voir la réaction du gardien à qui je narre ma mésaventure, je comprends que ces agressions ne sont pas rares. J’en conclus que le H1N1 ne s'accompagne pas de la rage, que la nature ne conspire pas toute entière à l’anéantissement de l’humanité.
Et de disparaître bientôt dans les rues de la ville fantôme.
Mercredi
Peu de voitures, de nombreux visages masqués : chaque nouvelle journée vient souligner davantage la singularité de la situation.
Sur le campus, je me retrouve encore une fois coursé par les deux canards de la vieille.
Passé cette altercation inter-espèces, j’ouvre deux fenêtres Windows, l'une ouverte sur le monde via Internet, l'autre sur mon mémoire de recherches.
Entre-temps, je photographie l'un des rares étudiants mexicains présents sur le campus. J'envoie la photo à un journal régional français, histoire de la joindre à mon témoignage publié dans l'édition de demain.
Les réseaux sociaux sont la nouvelle Pierre de Rosette du chercheur en sciences sociales tant s’y déclinent tous les types de réactions dans un contexte de crise. Il y a les prévoyants, tel cet ami qui, à Montréal, achète et stocke des conserves de thon. Comportement excessif ? « Vous n'êtes pas le seul », lui a répondu la caissière. Il y a ceux qui forwardent les emails y allant de leurs audacieuses théories : la relance de l'économie et des profits des groupes pharmaceutiques par la dissémination d'un nouveau virus. Il y a ceux qui temporisent mais s’assurent du confort des autres, tels ces Mexicains soucieux du bien-être des étrangers. Il y a ceux qui optent pour la solution radicale, tels ces étudiants qui embarqueront dans le courant de ces prochains jours sur un vol Air France.
Et la nouvelle attendue depuis 48 heures est tombée en fin d'après-midi lorsque de passage chez un ami : l'alerte passe en niveau 5.
Mais l'Europe s'est déjà endormie. Dans l'immédiat, je ne saurai donc rien des possibles conséquences de cette décision.
Aujourd'hui, la palme de l'information insolite revient à cette dépêche tombée dans les dernières heures de la journée : un des malades décédés viendrait du Bangladesh ; sa famille lui aurait rendu visite quelques jours plus tôt. L'Asie comme premier foyer d'infection ? Un vrai Cluedo.
N'en reste pas moins que l'hypothèse du départ contraint ne m'apparaît toujours pas d'actualité.
Le soleil décline ; une soirée m’attend. Pour conclusion, je ne peux qu'une fois encore paraphraser Erich
Maria Remarque : « A l’Ouest, définitivement rien de nouveau ».
Jeudi
Lire la presse nourrit le sentiment que rares sont ceux à même d'appréhender la situation. La foi en un monde numérique instantanément et précisément informé de toute chose aura été l’une des premières victimes de la première pandémie du 21e siècle.
En début de journée, je prends connaissance du récit de mes aventures publié dans un quotidien régional français. Au vrai, la photo me rebute un peu… J’ai plus l’air du Zorg du Cinquième élément que de moi-même.
En fin de journée, j'apprends qu’il m’est ordonné de renter en France : la Conférence des Grandes Ecoles demande à l'ensemble des étudiants et du personnel des établissements sous sa tutelle de quitter le pays dans les plus brefs délais. De cette décision, je n'en dirai seulement qu'elle m’apparaît prématurée. C’est une opinion partagée. Somme toute, un seul cas a été diagnostiqué à Monterrey, là même où le ralentissement de l'activité économique a probablement réduit le risque de dissémination. De plus, la situation à l’échelle du pays ne semble pas s’aggraver, quoiqu'il me soit difficile d'accorder du crédit aux communiqués émis par les autorités mexicaines. A mes yeux, les principaux risques restent ceux représentés par les possibles mutations du virus et les probables prochaines vagues d’épidémie qui pourraient survenir dans plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Au soir m'attend une petite soirée d'adieu. Mon ami Raph a fait le choix de rentrer, avec l'espoir de revenir au Mexique sitôt que la situation le permettra. Ce même soir, une étudiante mexicaine fait état de la rumeur selon laquelle le Tec ne rouvrirait que le 12 mai et non le 6 mai. J’apprends également que le port de masque est désormais de rigueur sur les vols au départ du Mexique – sympa l’ambiance à bord ! N’en reste pas moins qu'embarquer à bord d’un avion m’apparaît plus risqué que de rester à Monterrey : près de 78 % des passagers d’un vol de plus de quatre heures contractent le virus d’une maladie respiratoire.
Tenaillé par l’incertitude, seul le lyrisme m’est encore réconfortant. Accessoirement, il m’est surtout d’un grand secours pour achever dignement ce billet. Comme le disait donc le poète du Grand Siècle, « [A Monterrey], je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie ».
Début de journée tout en musique : des « missionnaires » aguerris aux nouvelles technique de persuasion enchaînent allers et retours dans ma rue. Pour diffuser plus efficacement « las palabras del Señor », les haut-parleurs crachant cantiques et choeurs d'enfants se sont substitués à l’épée et à la bible d’antan. Ces façons de faire n'étonneront pas quiconque connaît la société mexicaine et son degré de religiosité. Nos missionnaires ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir foi en l’efficacité du décibel. Les militants des candidats au poste de gouverneur pour les élections de 2010 ainsi qu’un certain nombre de vendeurs ambulants tintamarrent eux aussi ainsi et assez souvent leur bonne parole.
Plus important, il y a du nouveau sur le front de l'Ouest : les autorités évoquent des signes de stabilisation – le nombre de cas n'augmente plus au Mexique. Sauf erreur de ma part, aucun nouveau cas n’a ainsi été signalé à Monterrey depuis la fin de la semaine dernière.
Dans le reste de l'hémisphère Nord, il est probable que l'épidémie s'éteindra d'elle même, au moins temporairement, avec l'arrivée de l'été.
Mais pour cette journée, mon suivi de l'actualité est moins soutenu que d'ordinaire. Première raison à cela : j'ai consacré la majeure partie de ma journée à des travaux de groupes. Et puis, sans honteusement dédaigner le jeu de mot facile, je dois dire que j’ai pris le mot grippe en grippe : j'ai renoncé aux fastidieuses recherche d'informations nouvelles.
La lutte n'en continue pas moins. No pasaran !
Samedi
Il faut bien me rende à l'évidence : l'idée de se rendre à La Valle Oriente – l'un des principaux centres commerciaux de Monterrey – n'était pas des meilleures. Seuls quelques rares
commerces ont remonté leur volet métallique sur la centaine que doivent compter les galeries du centre. Les chalands ne s'y bousculent pas. Seul le Wall-Mart voisin ne désemplit pas, un
hypermarché où le port du masque est de rigueur pour les employés, de bon ton pour un grand nombre de clients.
Au soir, il est presque aussi difficile de trouver un bar ouvert : une bonne moitié d'entre eux est fermée. Monterrey vit à l'heure de la mobilisation générale. Néanmoins, les bars, cafés et restaurants ayant ouvert leurs portes ne sont pas désertés pour autant. Depuis quelques jours, parce que probablement las du climat de peur, les gens semblent renouer avec leur train de vie habituel.
Autre signe encourageant : selon un ami, un grand nombre de Mexicains ont profité de ce long week-end de 1er mai pour migrer vers les stations balnéaires des côtes méridionales. Quant à moi, même la vue des masques ne m’est plus totalement désagréable.
Comme se plaisent à l'annoncer les autorités mexicaines, il est vrai que l'heure semble être à la régression de la maladie. Les nouvelles alarmantes n'émanent plus tant du Mexique que d'Europe. Je ne songe pas tant aux cas de patients europeéns atteints de grippe et rapidement guéris qu’aux cas de psychoses collectives. Lire que des bagagistes français ont refusé de traiter les bagages en provenance du Mexique ou d'Espagne force la dérision. C'est encore les Français de l'étranger qui pâtiront des répercussions de telles facéties !
Hombre ! La victoire sur la vermine microbiologique ne tient qu'à quelques jours de patience et d'efforts !
Dimanche
Monterrey apparaît plus désertée que jamais. Le responsable n'en est pas tant le H1N1 que ce long week-end qui a permis à tous ceux qui ont bravé le virus de s'offrir une escapade.
De par le monde, les "Unités de bruit médiatique" (terminologie officielle) générées par le mot "Grippe" diminuent.
La première bataille contre le H1N1 semble remportée.
Lundi
« Circulez ! Il n’y avait rien à voir ! ». De nouveau, les médias s’en vont couvrir la grogne estudiantine, les statistiques socioéconomiques de mauvais augure et autres éléments qui composent la toile de fond d’un monde en récession.
Aussi mon expérience de l’apocalypse virale s’arrête-elle là. Qu’on me pardonne le recours aux épigrammes et en premier lieu, la référence à l’apocalypse. A voir certains médias lâcher ainsi la bride au sensationnalisme, j'étais tenté de couvrir l’événement dont j’ai été le modeste témoin sous un angle anticonformiste.
Les autorités mexicaines et américaines confirment donc le reflux de l’épidémie. L’OMS s’empresse de préciser que ses niveaux d’alerte ont trait à la progression d’une épidémie, non au pouvoir létal du virus.
Un étudiant rentré prématurément du Mexique put s’entendre dire à son arrivée à l’aéroport : « Finalement, ce n’était peut-être pas si grave ». Le voyage a bien dû durer quinze heures.
A Monterrey, les visages masqués se font beaucoup plus rares. Du reste aujourd’hui même, le gouvernement a annoncé la réouverture progressive des administrations publiques. Les universités rouvriront pour leur part le 7 mai.
Dans une semaine ou deux, le H1N1 ne sera plus qu’un souvenir. Je poursuivrai donc mon séjour d’études jusqu’à son terme, en août, désireux en cela de préparer au mieux mon avenir. Epilogue heureux.
Si je peux, je m’offrirai une ou deux escapades, histoire de mieux comprendre un pays et une culture dont il me reste pour ainsi dire tout à apprendre et à vivre. Pour l’Européen qui sait passer outre les clichés, le Mexique apparaît probablement comme l’un des pays les plus étrange qu’il puisse être.
Mexico DF et le Sud du Mexique sont mes priorités, là même où s’épanouirent les civilisations précolombiennes dont les survivances culturelles hantent l’âme du Mexique contemporain.
J'espère avoir satisfait les lecteurs nivernais qui ont tenu à suivre mes modestes mésaventures.
Jeudi 7 mai
La vie a repris ses droits à Monterrey. C’est le cœur tout léger, quoique sous l’habituel soleil de plomb, que je me suis rendu sur un campus dont les étudiants ont repris pleine possession aujourd’hui même. Mais les séquelles de l’épidémie demeurent visibles à peine franchie l’enceinte.
En guise de comité d’accueil vous attendent une demi-douzaine d’employées en blouse blanche. De leur pupitre, elles s’affairent à interroger les étudiants sur leurs antécédents médicaux des derniers jours. Déclarez que vous n’avez eu ni fièvre, ni tout autre symptôme à même de faire ciller votre interrogatrice et vous vous verrez délivrer un bracelet – le revers noir contre la peau, l’envers banc tourné vers l’extérieur.
Trois mètres plus loin, un vigile vous invite chaudement à asperger vos mains de gel antibactérien. Puis, je m retrouve à arborer ma nouvelle patte blanche en tout lieu. Certains étudiants se vont vus apposer le revers noir du bracelet. Sa signification me semble aller de soi : un rhume et vous voilà ostracisé de la communauté étudiante. La discrimination est inhérente à toute société.
Le campus n’en connaît pas moins l’affluence des grands jours. Mais cela ne devrait pas durer : la plupart des étudiants mexicains seront libérés de leurs obligations académiques d’ici deux à trois semaines, quoique les négociations portant sur le rattrapage des cours et des examens soient âpres. Dans une université autre que le Tec, les étudiants auront examen et samedi et dimanche. Appliquée en France, une telle mesure vaudrait bien cinq ou six mois de blocages des facs.
Dernière surprise : découvrir les claviers des ordinateurs communs enrobés de cellophane. Cela ne m’empêche pas moins de ponctuer ce dernier billet. Il m faut travailler et accessoirement, préparer mon prochain voyage dans la région du Tabasco.