| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
L’avion atterrit, termine son roulage, ouvre ses portes ; j’hume enfin l’air du Tabasco. Moins de deux heures de vol ont suffi à rallier Villahermosa, capitale de l’Etat, depuis Monterrey.
« Le Sud du Mexique n’a rien à voir avec le Nord », m’ont maintes fois rapporté les
Européens revenus de quelques jours passés dans le Sud et plus encore, les Mexicains eux-mêmes. Parmi ces derniers, il y a mon hôte de trois jours : jeune Mexicain originaire du Tabasco
parti s’exiler dans les étendues désertiques du Nord-mexicain, à Monterrey, principal pôle économique du pays.
Le Tabasco, lui, n’a rien de désertique. Si l’air y est aussi chaud qu’à Monterrey, il est toutefois humide, ce qui ne le rend pas plus supportable, loin s’en faut.
Mais le Tabasco ne se résume pas à son climat. Par la richesse de son patrimoine naturel et culturel, cet Etat mexicain se démarque de ceux qu’il m’a été donné de voir jusqu’à présent : le Nuevo Léon bien sûr (Monterrey) mais aussi ceux de l’Ouest mexicain visités début avril : la Basse Californie et le Chihuahua.
Le Tabasco, c’est d’abord une affaire d’eau et d’arbre. Tout ce qui n’y est pas ville est jungle et tout ce qui n’y est ni ville, ni jungle est marécages ou lagons. Et puis ici le tissu urbain est bien plus dense que dans le Nord du Mexique : comme en Europe, les villages égrènent votre route. Et plus encore que dans le Mexique septentrional, les gens se montrent avenants et chaleureux, a fortiori envers un jeune touriste venu des terres lointaines d’outre-Atlantique.
Dans les rues du Mexique méridional n’existe pas ce raffinement qui pousse l’Européen à compartimenter sa vie : ici, vie familiale, vie professionnelle et vie personnelle s’imbriquent dans un tout indissociable. Les maisons – bigarrées et le plus souvent sans étage comme un peu partout au Mexique – ont leur porte ouverte sur des rues constamment animées.
Mais ces Mexicains là, ceux du Sud, ne se différencient pas par leurs seuls traits de caractère ; ils se démarquent aussi par leur peau et leur faciès qui viennent rappeler aux visiteurs qu’ils descendent, un peu, des grandes civilisations précolombiennes : celles des Olmèques et des Mayas. D’ailleurs, pour peu que vous quittiez les grandes agglomérations, vous apercevrez rapidement sur les panneaux de signalisation routière le pictogramme signalant la présence de ruines mayas à proximité, de la même manière qu’aurait été signalé quelque vieux château ou abbaye en Europe.
Mon premier site maya, je le fais trois heures après mon atterrissage tant mon ami désirait m’acculturer au plus vite avec ce pays. Il s'agit du site de Comalcalco. D’abord, on se gare sur le parking presque désert d’un musée dont il reste encore beaucoup à construire. Puis un sentier flanqué d’une végétation luxuriante débouche, après quelques minutes de marche, sur ce qui m’apparaît d’abord, de loin et à travers les arbres, comme un toit de chaume. C’est en réalité une pyramide, une pyramide maya édifiée il y a plus de 1000 ans. Caractéristique unique de ce site, les constructions sont entièrement en briques. Enfouies jusqu’à la fin du 19e siècle sous terre, les pyramides ont été relativement bien conservées quoique le revêtement lavique ne subsiste qu’en de rares endroits. C’est un sentiment étrange de se dire qu’on foule les mêmes dalles qu’ont foulé, il y a bien longtemps, les membres de la haute société maya. Avec pour seules ressources les préconçus de l’imaginaire collectif européen, je les imagine avec plûmes, tuniques, désireux de rassasier le Soleil par du sang humain – quoiqu’en vérité, la violence sociale de la société maya ne soit apparue qu’à la fin de son histoire.
D’ailleurs, lorsqu’on se retrouve à transpirer comme un porc sous le soleil d’Amérique centrale, on peut comprendre que certains aient tenté d’apaiser la férocité du Dieu solaire par tous les moyens, soient-ils sanglants.
Que ma journée s’achève par un petit tour sur une plage voisine sur laquelle souffle une brise me ravit au plus haut point. C’est aussi l’occasion de découvrir le Golfe du Mexique, ses eaux chaudes, ses plages bordées de forêts de cocotiers et ses plates-formes pétrolières, au large. Elles viennent rappeler que l’économie régionale doit beaucoup sinon tout à ce pétrole qu’elles s’attèlent à extraire des fonds marins.
Ma deuxième journée commence bien plus tôt que la précédante, avant l’aube, notre destination du jour étant distante de plusieurs heures de route : le site maya de Palenque. Plus nous progressons vers le sud, plus les paysages s’éclaircissent : la végétation se fait moins dense, les villages moins nombreux. Ces vastes plaines aux hautes herbes et aux quelques grands arbres au sommet plat m’évoquent quelque peu les paysages de la savane africaine – l’imaginaire se raccroche aux références dont il dispose.
Avant d’accéder au site de Palenque, nous faisons étape dans une zone franche de quelques kilomètres carrés située de l’autre côté de la frontière guatémaltèque. A écouter mon ami, je m’étais préparé à découvrir des magasins d’usines rutilants aux étalages alimentés par des articles à vil prix tout droit sortis des usines guatémaltèques des grands groupes textiles américains. La désillusion est brutale : elle prend la forme d’une espèce de village de magasins construits à la va-vite, à même la terre battue. Pour seuls articles : les contrefaçons grossières des grandes marques américano-européennes. Il n’y en a pas moins quelque chose de fascinant à voir édifié, au milieu de nulle part, entre une jungle et une montagne, ce temple où Mexicains et Guatémaltèques peuvent assouvir leur culte des marques divinisées du Panthéon marketing occidental.
Mais mes pérégrinations m’éloignent bientôt des rites consuméristes du 21e siècle pour m’amener au plus près de ceux des Mayas du premier millénaire. Palenque se trouve en pleine jungle – les babillages tropicaux des oiseaux du coin et le hurlement des singes viennent le rappeler. Et c'est au milieu de cette jungle que se dresse donc cet ensemble gigantesque de temples pyramidaux tout en pierre.
Bien que le site se trouve en grande partie libéré de l’emprise de la jungle, certaines des ruines se trouvent encore sous l’épaisse canopée de la forêt toute proche, non loin de ses cascades et étangs aux eaux rafraîchissantes.
Hélas, le site ferme dès 16 heures et après une halte à Palenque – la ville moderne – nous reprenons la route de Villahermosa. Ma soirée fut, d’une certaine manière, tout entière consacrée à la découverte de la culture sociale du Mexique méridional et notamment, aux libations auxquelles s’adonnent les jeunes du pays.
Et c’est encore un peu étourdi par mes libations nocturnes que je me lève pour profiter de mon ultime journée. Au programme : le parc archéologique de La Venta à Villahermosa. Dans ce simulacre de jungle, en pleine ville, ont été transportées et exposées les statues olmèques de la région, rescapées de la destruction auxquelles les vouaient les foreurs pétroliers.
Une autre moitié du parc est tout entière dédiée à la faune régionale. Caïmans, jaguars, serpents et oiseaux bariolés : les bestioles, sympathiques ou repoussantes, trompent leur ennui en se laissant contempler par les bipèdes.
Mais déjà le soleil diminue d’intensité. Me titille l’envie de retourner à la plage… Alors sitôt après avoir siroté la première noix de coco de ma life, on retourne sur la plage sur laquelle on s’était rendus vendredi. On arrive. A les voir par centaines se courber doucement sous l’effet du vent, je me rends à l’évidence : le règne végétal ne compte pas de représentant plus gracieux que le cocotier.
Mais je me détourne rapidement du cocotier pour me consacrer aux plaisirs plus superficiels de l’eau et de la pose photo à la lumière du soleil déclinant. Bientôt l’astre s’enfonce et disparaît dans la brume marine, au large.
Le lendemain, ma matinée est consacrée à la visite express de Villahermosa, ville dont certains guides touristiques ne font pas grand cas. En vérité, c’est une ville ni laide, ni belle. Mais parce ce que ses rues frétille de cette atmosphère typiquement méridionale – en témoignent ses rues achalandées et ensoleillées –, la parcourir reste un plaisir. Surtout, la ville s'est brillament relevée des terribles inondations qui l'ont frappée en 2007.
Mais le temps est ainsi fait qu'il ne me laisse pas la possibilité de visiter plus que quelques rues du centre-ville pour partie piétonnier. L’avion du retour à Monterrey est en effet censé décoller à midi.
Et il décolle effectivement à midi. Les réacteurs grondent, l’avion roule, lève son nez et décolle. Sous le fuselage apparaît pour quelques minutes encore le monde vert végétal et bleu lagon du Tabasco. Suivent les eaux turquoise du Golfe du Mexique et l’ocre des terres arides du Nord mexicain.