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Jeudi 25 juin 2009

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De Real de Catorce, je ne savais rien sinon que c’était une bourgade touristique, située quelque part entre désert et montagne. De Real de Catorce, j’ai rapidement appris qu’elle se mérite. Depuis Monterrey, elle m’a réclamé deux heures de bus et deux heures de voiture à travers le relief accidenté de la Sierra Madre puis deux autres heures à travers les étendes arides de l’Etat du San Luis Potosi. Et voilà qu’au milieu du désert inanimé surgit un panneau mentionnant « Real de Catorce ». Il nous convie à quitter l’autoroute. S’ensuit une route secondaire traversant quelques bourgs que seul anime le vent poussiéreux. A l’horizon, au nord, il n’y a rien, au sud, se précise à chaque nouveau kilomètre la silhouette massive d’une chaîne de montagne. Un nouveau panneau nous invite à quitter la route pour en prendre une toute pavée, filant vers ce sud montagneux. Au rythme des cahots, l'antique route nous rapproche sans cesse davantage des montagnes où l’on devine nichée Real de Catorce. Autour de nous, tout n’est que poussière et végétation semi-aride. Dès les premiers contreforts, la route du désert se fait route de montagne. En contrebas, enserrées dans les méandres des montagnes, reposent les premières ruines de villages abandonnés. Advient enfin Real de Catorce. Mais il ne s’agit là que de la ville moderne. Pour accéder à la Real de Catorce que je me suis représentée mentalement, il faut se présenter face à la montagne et plus précisément, face au tunnel qui la transperce. Ce tunnel a lui-même valeur d’expérience. Datant probablement de la fin 19e, il a été creusé par des ouvriers-artisans dont la première priorité semble d’avoir édifié en son sein, 30 mètres après l’entrée, une chapelle. Les Mexicains sont parmi les êtres les plus pieux qui soient. Les parois bosselées du tunnel n’ont été consolidées qu’en de rares endroits. Parfois, le tunnel va de guingois. On y opère donc un virage à 90° degrés ; les ouvriers s’étant peut-être rendus tardivement compte qu’ils avaient pris la mauvaise direction. Et après plusieurs kilomètres d’obscurité surgit la lumière d’un autre monde, celle de Real de Catorce.

Real de Catorce est quasiment une ville fantôme. Ville fantôme ? Real de Catorce est foudroiement née de la Ruée vers l’Or – ou plutôt dans son cas, de la ruée vers l’argent – et presque aussitôt morte une fois le filon épuisé.

Real de Catorce n’a donc que très peu changé depuis 100 ou 150 ans à ceci près que ses rues sont désormais envahis par les 4x4 des touristes qui peinent à se trouver une place dans les rues étroites et escarpées. Car Real de Catorce est pour partie édifiée à flan de montagne, enserrée entre deux pitons. Seul le tunnel la relie directement au monde extérieur. Ses maisons aux épais murs de pierres sont celles d’un village de montagne. Héritage de ses « hey days », ce qui constituait probablement des hôtels particuliers sont devenus des hôtels tout court. Ces hôtels accueillent même de temps à autres quelques grands de ce monde : Real de Catorce sert en effet de décor naturel à certaines productions hollywoodiennes. Rien de surprenant donc à voir autographiées photos de Johny Deep, Brad Pit ou Julia Roberts dans le hall de notre petit hôtel.

Mais l’espèce composant la faune locale qu’il convient d’étudier plus particulièrement n’est ni celle des stars, ni celle de touristes, américains ou mexicains pour l’essentiel : c’est celle que constituent les autochtones eux-mêmes. Ces derniers ne sont plus que 2000 à vivre dans une ville qui hébergeait, à son heure de gloire, quelques 40 000 âmes. Ces Mexicains semblent vivre entièrement des flux de touristes entrant et sortant du tunnel. Les nombreux cafés et hôtels – assez agréables – et le nombre de cavaliers – presque tous les hommes – vous proposant un tour de cheval dans la Sierra voisine semblent l’attester. Ces Mexicains côtoient d’autres autochtones encore : les Amérindiens. A quelques kilomètres de là, le sommet de la plus haute des montagnes constitue en effet un important centre spirituel pour les Amérindiens du Mexique. Plusieurs par fois par an, certaines tribus s’y rendent – le plus souvent à pied – pour prendre part à des cérémonies ouvrant, grâce à la consommation d’un champignon local, sur d’autres mondes. Aux dires de notre guide-cavalier, elles donneraient accès – non sans risques – à un état de lucidité extrême.

Aussi de nombreux touristes – vieux hippies américains mais surtout jeunes mexicains – viennent-ils camper à Real de Catorce pour se réapproprier, à leur manière, le rite amérindien – probablement d’abord séduit par ce que l’acte a de subversif et ses plaisirs neurochimiques. Le son de leur guitare n’en contribue pas moins, à chaque coin de rue, à nourrir l’atmosphère festive.

Tout ce monde n’a de cesse de déambuler ou de stationner dans des rues aux murs de vieilles pierres pour certains toujours debout, pour d’autres depuis longtemps effondrés. Avec ses murs crénelés, la périphérie en ruine semble unir naturellement le centre-ville, dans lequel se concentrent les habitants, aux montagnes environnantes. Parcourir ces rues escarpées aux murs en ruines, baigner dans la lumière rasante d’une fin de journée, respirer cet air qui sent les cimes et le crottin de cheval : c’est peut-être un peu renouer avec cette époque qui inspira Pagnol ou Fournier, cette époque où les campagnes demeuraient, en ce 20e siècle naissant, préservés des sophistications de la vie urbaine. Dans cette époque, marcher, humer l’air, voir ne sont que des plaisirs, des plaisirs qui n’ont pas à se justifier de leur utilité.

Le dimanche matin – nous sommes arrivés la veille en milieu d’après-midi – nous chevauchons deux heures durant dans les environs de Real de Catorce.  Seuls les touristes « montés » et un éleveur et son troupeau de montons animent ces étendues arides et montagneuses. La visite du centre spirituel amérindien qu’incarne le sommet d’une montagne voisine me laisse songeur.

L’heure passe. Nos deux chevaux, que l’ego pousse sans arrêt à tenter de prendre la tête de notre petite caravane, nous ramènent rapidement à Real. L’âne de notre guide, à la traîne, reste lui insensible à l’émulation qui anime nos deux montures. Au détour d’un chemin bordant un ravin réapparaît, perchée sur une colline, Real de Catorce. Plusieurs heures de route nous attendent. Sitôt délaissés nos chevaux, nous renouons donc avec les chevaux-vapeur de notre voiture. Nous nous représentons en face du tunnel,porte d’accès à une réalité autre que celle de Real de Catorce.

Par Grég - Communauté : voyages aux 4 coins du monde
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